Dracula et autres écrits vampiriques


Etude et anthologie

Traduit et publié par Alain Morvan

2019

Gallimard, "La Pléiade n°638"


Cette anthologie de neuf textes et extraits est accompagnée d’une longue étude sur la mythologie vampirique et son inépuisable capacité de résurgence. Le vampire demeure un être terrifiant, une créature à part, à la fois morte et vivante. Immortel, grâce au sang humain qu'il ingurgite, le vampire contamine également ses proies.

« Dracula », le plus illustre des textes vampiriques, découle d'une longue tradition anthropologique, culturelle, littéraire et artistique, qu'il contribue à pérenniser. Cet ouvrage propose également la première traduction en français du texte « Le sang du vampire » ainsi que l'épisode vampirique de « Thalaba le destructeur ».

Avant le texte « Le vampire » de Polidori, le vampire était cantonné au folklore. Avec « Carmilla », la vampire est à la fois séduisante et effrayante. Dans « Dracula », roman subversif de Bram Stoker, paru en 1897, les victimes sont tiraillées entre répulsion et désir. La même année, Florence Marryat propose une variante féminine insolite. La créature vampirise ses relations sans faire couler le sang.


Cet ouvrage comprend une préface, une chronologie de 1717 à 1948, une note sur la présente édition, des notices, des notes et une bibliographie. L’anthologie comprend neuf textes et extraits :

• Christabel de Samuel Taylor Coleridge (1797 - 1800) • Le vampire de John William Polidori (1819)
• Fragment de Lord Byron (1819)
• Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu (1872)
• Dracula et L'invité de Dracula de Bram Stoker (1897)
• Le sang du vampire de Florence Marryat (1897)
• Extrait de Thalaba le destructeur de Robert Southey (1801)
• Extrait du Giaour de Lord Byron (1813)

Alain Morvan a également publié "Frankenstein et autres romans gothiques", n°599 de la collection « La Pléiade ».


Le mythe des vampires, très ancien, fut particulièrement populaire au 18ème siècle. En 1751, l’ouvrage de Calmet, « Traité sur les apparitions des esprits et sur les vampires ou les revenants de Hongrie, de Moravie, etc. » connait un grand retentissement. Sous son influence, le bassin danubien devint une aire de prédilection pour les légendes vampiriques.

Les vampires découlent de divers ancêtres de vieille souche. Les grecs et les romains croyaient aux lamies. Ces démones, capables de changer d'apparence, étaient connues pour leur voracité sexuelle. Méduse, la plus célèbre des trois gorgones, est également proche du vampire. Les romains évoquaient les lémures, des âmes errantes revenues hanter les vivants. La cruelle strige, mi-femme mi-oiseau, suçait le sang de ses victimes durant la nuit. Dans la culture arabe, les goules se rapprochaient des striges. Le loup-garou est apparenté au vampire, notamment par sa capacité de métamorphose. Dans le folklore allemand, le Nachzehrer est un revenant qui dévore son suaire et se nourrit de chair humaine. En Grèce et dans les Balkans, le vrykolakas est apparenté au lycanthrope. Lilith, à l’origine une déesse mésopotamienne, est la Tentatrice par excellence. Elle se nourrit de la semence des hommes, mange la chair et boit le sang des nouveau-nés.

Le phénomène vampirique est profondément lié à la peur de l'épidémie et de la contamination, qui s’explique notamment par la méconnaissance médicale durant ces périodes. Le vampire, seule explication valable, devient alors le bouc émissaire.

Emblème du danger, son étrangeté inquiète. Personnage invasif, le vampire doit être invité par sa future victime. Figure de la sociabilité pervertie, il peut s'imposer partout mais il n'est chez lui nulle part. Immortel, parcourant toutes les époques, transcendant les siècles, il reste un observateur inquiétant et tragique, en marge de la société.

Ses avatars prennent une forme animale. Stoker lui permet aussi de prendre une forme météorologique (rai de lumière, banc de brouillard). Il est capable de modifier son environnement et même de brouiller la perception du réel.

Sa nature relève de l'oxymore. Ce mort-vivant est tout autant attirant qu’hideux. En sa présence, ses proies ressentent une impression fortement ambivalente. On comprend alors la passivité et le masochisme de certaines de ses victimes. Sa séduction est liée au mal. Le vampire est monstrueux par sa force et son agilité exceptionnelles.

Le récit vampirique obéit à une structure fortement codée voire canonique : décor nocturne, présence alarmante de la lune, le sublime dérangeant, un cadre exotique. Dracula illustre également la mode dont jouit l'hypnose à la fin du 19ème siècle, et en fait un ressort puissant de l'intrigue.


Alain Morvan a fait le choix de privilégier dans ce volume les textes britanniques. Je mettrai en ligne, par la suite, des chroniques complémentaires sur les différents textes et notamment concernant la traduction encore inédite du roman "Le sang du vampire". Le travail annexe d'Alain Morvan est riche, diversifié et intéressant. J'ai particulièrement apprécié la préface et la chronologie. Les néophytes trouveront dans cette préface un panel complet du mythe au sens large. J'espère que les textes français bénéficieront également d'un volume.

Carmilla
Dracula

Vampire, le