Vampires :
De la légende
au mythe moderne


Etude

Jean Marigny

2011

Editions de La Martinière


Les hommes ont toujours cru à l'existence de créatures surnaturelles assoiffées de sang. Devenu un mythe des temps modernes et ayant atteint un niveau de notoriété sans précédent, les vampires sont à la pointe de la mode. Cette étude présente toutes les facettes du mythe : les ancêtres du vampire moderne, les croyances et la tradition légendaire, l'évolution dans la littérature, les figures historiques, les faits divers modernes, etc. Le vampire se développa dans la littérature dès le 18ème siècle puis se popularisa avec le cinéma. En 1897, le roman " Dracula " de Bram Stoker établit le modèle du vampire par excellence, en conservant une mythologie d'Europe centrale. Les récits de science-fiction changèrent profondément l'aspect et le statut du vampire. Au 20ème siècle, son statut social a fortement évolué. Le vampire n'est plus un cadavre animé, ni un aristocrate. Il s'intègre désormais parfaitement à la société humaine et évolue dans les grandes villes modernes. Devenu un personnage complexe et sensible, le vampire n'est plus le monstre des légendes. Il s'est adapté aux goûts du public en s'humanisant. Devenu l'un des personnages principaux du cinéma fantastique, le vampire est également un objet de consommation courant de la culture populaire.


Jean Marigny, ancien professeur de littérature anglo-saxonne, a publié plusieurs ouvrages sur les vampires, sujet qu'il affectionne : " Histoires anglo-saxonnes de vampires " de 1978, " Le vampire dans la littérature anglo-saxonne " de 1985, " Sang pour sang, le réveil des vampires " de 1993, " Le vampire dans la littérature du 20ème siècle " de 2003, " Dracula, prince des ténèbres " de 2009 et " La fascination des vampires " de 2009.

Adrien Party (rédacteur et webmaster du site www.vampirisme.com, co-fondateur et actuel président de l'association lyonnaise www.lyonbeefsteakclub.com) est l'auteur des chapitres sur le vampire dans les bandes dessinées.


Jean Marigny liste les ancêtres du vampire moderne de par le monde. Leurs origines et leurs caractéristiques sont souvent récurrentes : cadavres animés, divinités sanguinaires, démons qui propagent les maladies, esprits qui volent les forces vitales, entités qui se nourrissent des angoisses ou des souffrances, etc.

Le vampire européen fut conçu dans une perspective chrétienne. Renié par Dieu, il craint le soleil ainsi que les armes de la foi. Il est détruit par un endommagement du cœur (un coup unique d'un pieu, d'un poignard ou par des balles en argent). Se nourrissant du sang mais également de l'âme de ses victimes, il les condamne à la damnation. Au 16ème siècle, les épidémies de peste et les enterrements prématurés créèrent une véritable psychose. Les traités savants sur les vampires ont donné de la légitimité ces croyances. Au 17ème siècle, les récits d'attaques de vampires se multiplièrent.

Au début du 18ème siècle, le vampire était désigné sous le terme de " revenant en corps ". Ce mort-vivant attaquait de nuit et contaminait ses victimes. En 1725, le terme générique de vampire fut utilisé pour les désigner. Il se nourrissait du sang de ses proies à travers les pores de leur peau. Rougeauds et boursouflés, les vampires ne projetaient ni ombre ni reflet. On les croyait dotés de pouvoirs surnaturels : éclipses, averses de toutes sortes, hypnose, commande aux loups, aux rats ou aux insectes, métamorphoses physiques en araignée, en brouillard ou même en fétu de paille ! Lors des nuits de pleine lune ou durant certaines fêtes, le vampire est réputé être au fait de sa puissance. Il est incapable de franchir de grandes étendues d'eau salée ou des cours d'eau. Certaines personnes étaient prédisposées à devenir des vampires : décédés de mort violente, suicidés, sorciers, meurtriers, excommuniés, corps laissés sans sépulture, défunts n'ayant pas reçu les derniers sacrements, particularités physiques considérées comme les marques du démon. Dans la croyance populaire, toutes sortes de méthodes étaient employées pour empêcher les corps de quitter leur tombe : clouer le cadavre au cercueil, l'empêcher de mâcher et donc de provoquer la mort à distance, placer des croix, des graines, de l'ail ou des fleurs d'ail, des icônes, etc.

En 1748, Henrich Auguste Ossenfelder publia le premier texte évoquant le vampire, " Der vampir ". Aux 18ème et 19ème siècles, les récits vampiriques déclinaient la relation amoureuse mortifère entre un mortel et une vampire. Le personnage sinistre du vampire incarnait également le mal absolu. En 1819, John William publia " Le vampire " où un vampire aristocrate séduit ses proies du sexe opposé. Enorme succès en Europe, ce texte et ses adaptations (en prose et au théâtre) firent connaître la créature au grand public.

Le vampire de science-fiction et le vampire psychique offrirent de nouvelles perspectives au mythe. Le vampire psychique ne se nourrit plus de sang mais de la vitalité de ses proies, de sa jeunesse, de ses talents artistiques ou de ses facultés mentales. En 1960, Maurice Limat créa le premier vampire narrateur avec le roman " Moi, vampire ". En 1976, Anne Rice connut un succès immédiat avec " Entretien avec un vampire ", premier tome de sa série " Les chroniques des vampires ", qui démystifie et réhabilite le personnage. Les vampires d'Anne Rice perdent certains attributs du folklore (comme la transformation physique, la peur des croix, l'absence de reflet et d'ombre). Dotés d'une beauté irréelle et d'une intelligence supérieure, ils sont capables de lire dans les pensées. A partir de 1969 (après la diffusion à la télévision de l'émission " Sesame Street " avec le vampire Von Count), le vampire se développa dans la littérature enfantine. La commission de censure américaine permit l'utilisation des vampires et autres monstres dans la littérature pour la jeunesse.

En 1922, dans le film " Nosferatu " de F.W. Murnau, le vampire avait des traits monstrueux. En 1931, l'acteur Bela Lugosi imposa son style de vampire aristocrate dans le film " Dracula" de Tod Browning. Par la suite, séducteurs et avenants, les vampires conservaient un côté monstrueux, notamment lors de leurs métamorphoses. De nos jours, les vampires des sagas pour adolescents sont dénués de toute agressivité.


Ce beau livre grand format, abondamment illustré (photographies de films, gravures, peintures, couvertures et affiches), est particulièrement soigné. Comme à son habitude, Jean Marigny fournit un travail clair et précis. Cette étude explore avec intelligence toutes les facettes du mythe et son évolution dans le contexte des différentes époques. L'ouvrage comprend également des annexes conséquentes (bibliographie, filmographie et sites web).


Dracula (Jean Marigny)
Dracula le vampire, prince des ténèbres
La fascination des vampires
Sang pour sang : le réveil des vampires
Vampire dans la littérature du XX siècle, le
Vampiriquement vôtre

Devenir un vampire
Les faiblesses des vampires
Les pouvoirs des vampires
Le tour du monde des vampires