La femme du vampire
(Totenbraut)


Roman historique

Nina Blazon

2009

Seuil


Au 18ème siècle, en Serbie, Jasna vient d'avoir 15 ans. Depuis la mort de leur mère, la vie est dure pour Jasna et ses quatre sœurs. Leur père, porté sur la bouteille, leur laisse tout faire. La famille accueille un visiteur, Jovan Vukovic, qui cherche une femme pour son fils Danilo. Jasna est vendue et doit quitter la maison précipitamment. Un long voyage les mène jusqu'à la frontière turque. Le jour même de son arrivée au domaine des Vukovic, Jasna est mariée. La jeune fille se questionne sur cette union hâtive qui ne s'est même pas déroulée à l'église du village. Elle ne tarde pas à entendre des rumeurs sur l'épouse défunte de Jovan et sur une des tours calcinées du domaine. Jasna remarque que plusieurs chevaux ont des coupures au cou et aux flancs…


Les populations superstitieuses d'Europe de l'est craignent que les morts reviennent tourmenter les vivants. De nombreux rituels étaient censés contraindre le défunt à rester dans sa tombe. Il était d'usage d'enfoncer un couteau ou un pieau ou bois d'épine dans le cœur du mort et de lui lier les mains avec un filet de pêche. On lui posait des pièces sur les yeux et un éclat d'ail dans la bouche. Dans certaines régions une faucille était posée sur la gorge ou de lourdes pierres disposées sur la tombe. Certains villageois déposaient des épines ou des graines de pavot, d'autres versaient de l'eau bouillante sur la sépulture. Les morts célibataires ne pouvant trouver le repos, des mariages posthumes étaient organisés. Lors de la veillée, les animaux étaient tenus éloignés du corps. Les porteurs du cercueil faisaient de nombreux détours, empêchant ainsi le revenant de retrouver le chemin du domicile.

Afin d'éloigner les esprits et les vampires, les portes et les fenêtres étaient frotter avec de l'ail. Des yeux peints sur le front des chiens de la maisonnée effrayaient les démons et les vampires. Jasna disposaient des miroirs ornés de croix peintes sur les portes. La nuit, elle portait une bande de tissu pour tromper les vampires qui croyaient qu'elle est déjà la proie d'un esprit. Dans les croyances, les vampires ne pouvaient pas traverser l'eau courante. La nuit ces êtres étaient dotés de pouvoirs démoniaques, tandis que le jour ils ressemblaient à tout un chacun. On leur prêtait des pouvoirs sur les animaux (notamment sur les loups) ainsi qu'une capacité à se transformer (en animal, en papillon, en chauve-souris et même en loup-garou). Le vampire était responsable des mauvaises récoltes pouvant mener à l'anéantissement du village. Il pouvait attiser la tempête, commander le gel et la grêle. Le vampire portait de nombreux noms (oupir, strigun, grobnik, vukodlak). Il buvait le sang de ses proies mais les étranglait plus fréquemment jusqu'à ce qu'elles meurent de faiblesse. Le loup-garou était prédestiné à devenir un vampire après sa mort.

Le subotan, également surnommé l'enfant du samedi, avait la capacité de combattre les vampires. Le dhampire, issu d'un parent vampire, pouvait débusquer les morts-vivants. Les chevaux noirs étaient réputés pour trouver la tombe d'un vampire.


Ce roman original présente le folklore et les croyances mortuaires de ces régions d'Europe centrale. Nina Blazon décrit habilement les mœurs de l'époque, les mariages arrangés ou encore les rumeurs liées aux villages ruraux. Elle propose une version intelligente des épidémies vampiriques ainsi que de la porphyrie totalement inexpliquée à cette période. L'ambiance est intrigante et les personnages intéressants.


La porphyrie
Les vampires folkloriques