Vampyres


Documentaire

Laurent Courau

2006


L'immersion de Laurent Courau dans le monde des vampyres commença par sa rencontre avec Lord Zillah et Lord Xanatos, les fondateurs du clan " Hidden Shadows " à Spanish Harlem. A Amsterdam, il gagna la confiance de Father Sebastiaan, le fondateur du clan " Sabertooth " et de " l'ordo Strigoi Vii ". Il participa à différentes soirées (" Realm of Darkness ", " Dragon Festival ", " Endless Night ") et interviewa différentes personnalités du milieu (à New York, à la Nouvelle Orléans, à Amsterdam, à Paris, à Venise ou encore à Tokyo)…

En 2002, Laurent Courau accompagna son ami Lukas Zpira à New York pour une soirée du clan Hidden Shadows. Pendant des mois, il garda en tête des images de ces vampyres modernes. Intrigué par cette subculture, Laurent Courau réalisa un sujet pour le site web " La Spirale " puis un documentaire de 9 minutes pour le magazine " Tracks " sur Arte. Il publia également, toujours en 2002, l'étude " Vampyres ". En 2006, Lukas Zpira avait réalisé un portofolio sur le clan " Hidden Shadows ". Le DVD " Vampyres " comprend 1h30 de bonus (entretiens et scènes inédites), tout aussi intéressants que le documentaire lui-même. Ce reportage de Laurent Courau était sorti en décembre 2007 en Australie et en Nouvelle Zélande.


A la fin des années 80, certaines œuvres et mouvements contribuèrent à la création des vampyres : les films " Génération perdue " et " Aux frontières de l'aube ", le jeu de rôle " Vampire la Mascarade ", l'église de Satan ou encore la cold wave. La création de la scène vampyre date du début des années 90. Au fil des années, les scènes gothiques, vampyriques et fétichistes de New York ont fusionné au point de ne plus constituer qu'une grande scène dark.

Les vampyres sortirent de l'ombre à la fin des années 90 avec la disparition de la journaliste Susan Walsh qui effectuait des recherches sur eux et sur la mafia russe. A la même époque, Rodney Ferell, un adolescent du Kentucky associé au vampirisme, est accusé d'un double meurtre. Les vampyres furent alors diabolisées par les médias. Afin de combattre la désinformation, certains vampyres comme Father Sebastiaan et Michelle Balanger créèrent des sites web ou publièrent des livres de référence. En 2004, le vampyre Don Henrie participa à l'émission de téléréalité américaine " Mad Mad House ".

Le mot " vampire " désigne la créature de fiction, tandis que " vampyre " est utilisé pour les membres de cette culture underground. Le système de clans, en vogue chez les vampyres, doit beaucoup au jeu de rôle " Vampire : la Mascarade ". Les clans sont très sélectifs pour intégrer un nouveau membre dans la famille. Les hommes y sont considérés comme des guerriers et les femmes comme des princesses. Le clan est une entité avec des esprits différents qui poursuivent un but commun. Les vampyres qui ne sont pas associés à un clan sont appelés les " Ronins ", terme qui désignait les samouraïs errants. Les vampyres ne se considèrent pas comme des gothiques. Ils acceptent le côté sombre de la vie et intègrent le vampirisme dans leur mode de vie. Le vampyre vit en dehors du système. Son maître mot est d'être honnête et d'assumer sa nature de prédateur. Pour eux, on ne devient pas un vampyre, on naît ainsi. Ils pensent que leur métabolisme nécessite plus d'énergie que celui du commun des mortels. Les vampyres se considèrent comme des êtres éveillés, sensibles aux énergies.

Chaque clan possède ses propres croyances et rites. Bien qu'ayant leur origine aux Etats-Unis, les vampyres sont fortement influencés par les cercles ésotériques anglais de la fin du 19ème siècle et les mythes européens. Pour ce qui est de la magie, de nombreux vampyres se considèrent comme néo-païens ou s'intéressent à la magie du chaos. Les vampyres se distinguent en réunissant des éléments issus de l'occultisme et des domaines de l'imaginaire à une subculture urbaine. Michelle Balanger, porte-parole de la " House Kheperu ", est une adepte de la voie lumineuse, basée sur la méditation et le travail sur les énergies. Certains vampyres, comme Father Sebastiaan, croient en l'existence de lignées vampyriques dont les héritiers seraient aujourd'hui disséminés sur la planète entière. Leur but est la révélation de cette nature profonde, qu'ils appellent l'Eveil. Cette croyance se rapproche du bouddhisme ainsi que des traditions de l'ancienne Egypte (notamment leur vision de la mort). Les rites sont très cérémonieux, avec une transmission orale du savoir. Les clans possèdent des signes distinctifs, comme par exemple l'ankh, et des looks différents (" à la Blade ", crocs, tatouages, piercings). Les crocs, fabriqués sur mesure par les " fangsmith ", sont un bon moyen de représenter leur nature intérieure. Le vampyre affirme son côté primitif, la Bête, ainsi qu'un côté plus raffiné.

Tous les vampyres n'ont pas la même façon de se nourrir. Les vampyres psychiques se nourrissent d'énergie tandis que les vampyres sanguins boivent le sang de leur donneur. L'échange de sang est très controversé, à cause des risques de maladies et de blessures. Pour les vampyres psychiques, le sang est une manière primitive de se nourrir, même s'il en découle une forte charge énergétique. Le sexe est un élément central du thème du vampire car il est un vecteur d'énergie. Les vampyres expriment une tolérance et une liberté sexuelle. Certains vampyres déclarent même s'en nourrir. Les références sado-maso se retrouvent lors des jeux sexuels, des soirées, ainsi que dans la relation du vampyre avec son donneur.

Aux Etats-Unis, le vampyrisme est issu du ghetto où la mixité prédomine. C'est un moyen pour certains de sortir de la délinquance, de combattre les ségrégations raciales et de s'évader de la réalité d'un environnement dur.


Ce documentaire nous propose une nouvelle facette du mythe des vampires. On peut saluer le travail de longue haleine de Laurent Courau, ainsi que sa patience pour se faire accepter des vampyres. Malgré un côté très théâtral (notamment les soirées et les cérémonies), on comprend, au fil des images et des explications, les motivations de ces vampyres modernes. Ce documentaire est un bon complément au livre éponyme. Les anecdotes de Laurent Courau, dans les bonus, sont savoureuses.


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