Dissertation
sur les vampires


Etude

Dom Augustin Calmet

1751

Edition Jérôme Millon


Le 18ème siècle, soi-disant siècle des lumières et du rationalisme, subit toutefois une vague d'épidémie et de terreur collective. De nombreux rapports et témoignages officiels relatèrent des cas de vampirisme. Pour enrayer ces épidémies, on n'hésitait pas à déterrer les morts, à les percer avec de pieux et à les réduire en cendres. Les vampires étaient évoqués déjà dans l'Antiquité : broucolaques, sorciers, lamies, striges, larva ou autres spectres revenaient tourmenter les vivants après leur mort. L'auteur s'interroge sur la fascination des populations pour les croyances et superstitions. L'évocation de vampires n'est-elle pas due à un certain fanatisme, mais surtout à une crainte des populations ? Les vampires semblent être des sujets de l'imagination ou de discours mal fondés. Calmet avance l'hypothèse que la mauvaise nourriture de certains peuples engendre un sang grossier. L'imagination est alors exacerbée : les sujets souffrent d'idées sombres, d'insomnie, de mauvais rêves qui peuvent engendrer de prétendues apparitions de vampires ou d'esprits. Qu'est-ce qui opère la résurrection des corps ? Pour Dom Augustin Calmet, la résurrection ne peut être que le fruit de Dieu. Il reconnaît que la léthargie existe (cas de noyés ou d'extasiés, personnes tombées en syncopes) mais une léthargie de plusieurs mois est-elle possible ? Le corps du " vampire " est-il possédé par un démon ? Les vampires sont-ils des personnes enterrées vivantes ? Les morts peuvent-ils se réveiller et, dans ce cas, comment sortent-ils du tombeau sans remuer la terre ? L'auteur s'interroge également sur le cas des excommuniés et de la mastication des morts dans leurs tombeaux.

Cette étude historique inspira bon nombre d'auteurs. Dom Augustin Calmet était un abbé français, érudit et compilateur de textes. Certains de ses contemporains (dont Voltaire) lui reprochèrent sa crédulité et son manque de sens critique. Cet érudit avait une curiosité pour tous les sujets et une véritable passion pour tous les textes (pas seulement religieux). Cette version de 1751 est la version revue et corrigée de sa " Dissertation sur les affaires des anges, des démons, des esprits et sur les revenants de Hongrie, de Bohème, de Moravie et de Silésie " écrite six ans plus tôt. La préface a été rédigée par un spécialiste des ouvrages occultes, Roland Villeneuve, qui présente une biographie de Calmet. L'auteur fait référence à l'étude de 1728 de Michaël Ranft, " De la mastication des morts dans leurs tombeaux ".


L'étude présente les différentes croyances et rituels mortuaires de l'époque, ainsi que les moyens de se protéger et de détruire les vampires. Un homme mort peut revenir pour tourmenter ses proches, causant ainsi leur décès. Ces vampires - cités comme " Oupirs " ou " sangsues " - ont pour habitude de sucer le sang, de rendre malade ou de serrer la gorge jusqu'à l'étouffement. Ils opèrent de nuit comme de jour. En Russie, les vampires sont actifs de midi à minuit et se gavent littéralement de sang. Le corps des vampires est imputrescible et leurs yeux sont rouges. Certains respirent mais restent immobiles dans leur cercueil. En leur présence, les animaux ont peur ou deviennent agressifs sans raison. Certains vampires prennent la forme d'un spectre ou d'un chien. Calmet évoque le cas d'Arnold Paul qui tua quatre personnes. Après que son corps fut détruit, on comptabilisa 17 victimes de plus. Arnold Paul ayant attaqué des animaux, les villageois furent contaminés en mangeant leur chair. Un autre récit décrit le cas de Peter Plogojovits, qui étrangla huit personnes. Les victimes des vampires, pâles et amaigries, souffrent de faiblesse extrême. Des taches bleuâtres apparaissent là où le vampire a sucé leur sang. En Hongrie, les victimes perdent tout appétit et meurent de langueur en une dizaine de jours, sans aucune fièvre. La victime voit un spectre qui la suit.

Les populations disposent de nombreux rituels pour se protéger et détruire les vampires. Le corps doit d'abord être déterré, puis s'ensuivent différentes méthodes : l'empalement, la décapitation, brûler le cœur, enfoncer de longs clous, le faire bouillir dans du vin, le couper en morceaux. Pour enrayer l'épidémie, le même sort est réservé aux victimes. Les vampires poussent généralement des cris effroyables et du sang frais s'écoule des blessures. Afin de vérifier si le mort va devenir un vampire, on diffère l'enterrement. On constate si les membres restent souples et si du sang fluide sort des orifices. Lors des veillées, les proches font du bruit pour faire savoir au revenant qu'il est attendu et récitent des prières. Les portes et les fenêtres sont lavées à l'eau bénite. Une hostie consacrée, ou une énorme quantité de pierres disposées sur la tombe, empêche le vampire d'en sortir. Pour éviter toute contamination, la population mange la terre du sépulcre, du pain trempé dans le sang du vampire ou se frotte avec le sang. Pour détecter la tombe d'un vampire, on fait passer un jeune garçon vierge et nu, monté sur un cheval entièrement noir n'ayant jamais sailli. Le cheval refusera de passer au dessus de la tombe en question. Les excommuniés et les personnes mortes de mort violente ont plus de chance de devenir des vampires. Selon les croyances, le corps des excommuniés ne pourrit pas et ils sont contraints de racheter leurs péchés.


Dom Augustin Calmet a réalisé un travail de recherche considérable et minutieux. Son texte est clair et agréable. Ses questionnements sont fondés et réfléchis. Cette étude permet de mieux comprendre les motivations des populations de l'époque ainsi que leurs croyances mortuaires.


Dictionnaire infernal, le
Mastication des morts dans leurs tombeaux
Traité de vampirologie

Les vampires folkloriques