De la mastication des morts
dans leurs tombeaux


Etude

Michaël Ranft

1728

Atopia


L'auteur propose une dissertation sur les événements survenus dans le village hongrois de Kisolova. Il s'interroge sur la propagation du vampirisme. Le cas de Peter Plogojovitz avait fait grand bruit, ayant même paru dans le Mercure de France. L'auteur s'intéresse beaucoup à la mort et particulièrement au passage entre la vie et la mort. Les vampires, qui semblent avoir vaincu la mort, possèdent-ils un pouvoir occulte sur la nature ? Leurs pouvoirs sont-ils issus d'une magie diabolique ?

Ranft, philosophe allemand, présenta sa dissertation devant l'Académie de savants de Liepzig. Il prend comme références de nombreux extraits de texte évoquant les cas de vampirisme en Europe de l'Est.


Les vampires étaient appelés à cette époque les " revenants en corps ". Ranft rappelle l'histoire de Peter Plogojovitz qui entraîna la mort de neuf personnes en moins d'une semaine. Revenu d'entre les morts, Plogojovitz se couchait sur ses victimes ou les étranglait jusqu'à ce qu'elles rendent l'âme. Un officier impérial dépêché sur place ainsi que le Pope constatèrent la non décomposition du corps du vampire. Son corps était frais, à part le nez qui s'était détaché, et ne dégageait pas d'odeur cadavérique. Le vampire, suçant parfois le sang de ses proies, avait encore du sang sur la bouche. Afin d'enrayer la contamination et la succession de décès, le corps du vampire fut percé d'un pieu puis brûlé.

Ranft démontre que les bruits de mastication des morts sont à mettre au rang des superstitions car ils proviennent d'opérations occultes de la nature. La mastication des morts n'a rien à voir avec le divin ou le malin. Dans l'imaginaire, les morts (pour la plupart de sexe féminin) continuent de " vivre " dans leur tombe et mâchent leur linceul.

Ces croyances se manifestent souvent en période d'épidémies de peste. Les populations usaient de divers stratagèmes pour empêcher les morts de mâcher (motte de terre sous le menton, mouchoir, pièce ou pierre placés dans la bouche). Ces revenants en corps, en quittant leur tombeau, seraient responsables de la mort de leurs proches. Ranft revient sur le fait que les cimetières étant construits sur des terres sanctifiées, ces cas ne peuvent pas survenir. Les bruits venant des cercueils proviennent de cause naturelle, atmosphérique ou encore de l'effondrement des cercueils.

Ranft revient sur l'âme et le corps qui forment les deux parties de l'être. Le corps possède une vie propre ce qui explique que les cheveux et les ongles continuent à pousser après la mort. Les proches endeuillés passent des nuits sans sommeil et sont victimes de leur tristesse ou de leur imaginaire. Certains peuvent voir l'être disparu revenir et en souffrir. Il est donc essentiel que les proches oublient le passé et se réconcilient avec les mourants, afin de les laisser partir en paix.


Le texte de Ranft est assez ambigu. L'auteur désire dénoncer les superstitions mais il ne peut pas se permettre de critiquer ouvertement la religion. La réflexion de Ranft nous permet de comprendre les mentalités de l'époque, et de ces fameuses " épidémies de vampirisme " en Europe de l'Est qui ont enflammé les imaginations au 18ème siècle. Cette étude est à réserver aux connaisseurs avertis.


Dissertation sur les vampires
Traité de vampirologie

Les vampires folkloriques