Où sont passés
les vampires ?


Etude " sur le terrain "

Ioanna Andreesco

1997

Petite bibliothèque Payot


L'auteur, d'origine roumaine, mène une étude ethnologique au cœur de la Roumanie sur le thème du vampire. La symbolique de la mort est omniprésente dans l'imaginaire des villageois. Le vampire principal est un certain Dodu, un garde forestier revenu d'entre les morts pour terroriser un village. On découvre, selon les dires des roumains, les signes qui désignent un vampire en puissance et les méthodes pour le détruire.

Ionna Andreesco, apparentée à la famille du pope du village a pu communiquer avec les villageois. Elle a été également accompagnée par la femme du pope.

Le vampire est désigné par les mots strigoï et moroï : c'est un mauvais mort (les termes désignent aussi les sorcières ou les fantômes). Il a été méchant, violent, envieux, avide et obsédé durant sa vie. Il n'a pas suivi le droit chemin, en péchant sans cesse et ne s'étant pas repenti de ses actes, il a été maudit. Ceux qui naissent coiffés (nés avec un fragment de placenta) sont aussi promus à devenir vampire après leur mort. Tout corps est destiné à pourrir et à retourner à la terre, le vampire quant à lui reste intact. Il revient dans sa famille et se comporte comme de son vivant, tout en affaiblissant ses proches jusqu'à ce qu'ils meurent à leur tour. La parentèle est aussi victime de cauchemars. Dans le cas du villageois Dodu, une souris s'était glissée sous son bonnet et avait disparu. Sa femme en a tiré un mauvais présage et ne s'est pas étonnée de ses visites post-mortem. On cloue le vampire à son cercueil pour l'empêcher de nuire et on lui fourre de l'ail dans la bouche. L'autre moyen radical pour s'en débarrasser est de le brûler. Un vampire est toujours retourné sur le flanc dans son cercueil. Les chevaux refusent de passer par-dessus la tombe d'un vampire car ils sentent les choses impures. On peut obliger un vampire à regagner sa tombe en lui volant un objet, comme une chaussette ou une chaussure. Lorsqu'on découvre un vampire dans sa tombe, on doit faire le signe de croix pour se protéger. Le vampire peut se transformer en mouche et entrer dans le corps d'un vivant par ses narines. Il se loge ensuite dans le cœur de la victime qui devient malade et meurt. Le seul moyen pour les victimes de cesser de s'affaiblir est de manger le cœur du vampire et de brûler ses restes. L'auteur nous explique la pratique insolite du déterrement : sept ans après un enterrement, on déterre les restes afin que le soleil puisque encore se poser dessus. Le pope peut bénir une seconde fois les os du mort qui sont ensuite rassemblés dans un caveau familial. Un nouveau mort pourra alors prendre sa place dans l'ancienne tombe. La nuit, associée aux ténèbres et aux choses malfaisantes, permet à certains esprits de sortir de leurs tombes.

On peut féliciter l'auteur pour son enquête de longue haleine. On ressent la réticence des habitants à se confier à des inconnus. Les témoignages (pour la majorité provenant de femmes) se recoupent parfois, ce qui alourdit le récit. Cette étude est à conseiller pour les fervents amateurs du mythe.