Les vamps


Introduction

Le terme vamp, dérivé du mot vampire, désigne une femme de pouvoir, la femme fatale par excellence. Entourée d'une aura de mystère, la vamp est belle et irrésistible. Tout comme le vampire, la vamp séduit ses proies pour les mener à leur perte. Elle fut incarnée pour la première fois à l'écran par l'actrice Theda Bara en 1915. Par la suite, la vamp fut un personnage récurrent des polars américains. A partir des années 50, avec la présentatrice Vampira, elle devint une icône gothique.


La femme fatale

La vamp se caractérise par sa nature ambivalente. Elle est à la fois désirée pour ses charmes et redoutée du fait de sa réputation dangereuse. La femme fatale utilise sa sensualité libérée pour piéger ses proies. Considérée comme sexuellement insatiable, la vamp s'oppose à l'image plus traditionnelle de la femme respectable. Sans scrupule et dénuée de sentiment, elle manie habilement le mensonge pour arriver à ses fins. Manipulatrice, elle use émotionnellement ses victimes masculines. L'indépendance et l'immoralité des vamps sont désapprouvées par les sociétés bien pensantes. Au temps du cinéma muet, les vamps personnifiaient le désir de libération des femmes dans une société uniquement gouvernée par les hommes.



Theda Bara


Les origines

Les ancêtres des vamps sont issues de nombreuses légendes comme Lilith (la reine des succubes), Salomé, Aphrodite, Circé ou encore Morgane. Ces déesses, démones ou magiciennes étaient considérées à la fois comme protectrices mais également dangereuses, alliant les domaines de la vie et de la mort. Ces divinités à la nature passionnée eurent de nombreuses aventures amoureuses et des vengeances terribles. Les créatures hybrides, mi-femme mi-animal (comme Lamia, les sirènes, les harpies ou encore les stryges) séduisaient les hommes pour leur dérober leurs forces vitales ou les dévorer. Cléopâtre, reine d'Egypte jalousée pour sa puissance, était également une femme fatale. Elles inspirèrent toutes de nombreux artistes pour des poèmes, des peintures, des opéras, etc.

Lamia - 1909
Herbert James Draper
Salomé - 1871
Gstave Moreau
Circe - 1891
John William Waterhouse

 


Les vamps célèbres

Mata Hari, néerlandaise, fut accusée d'espionnage pour l'Allemagne durant la première guerre mondiale. Elle établit sa légende sur son personnage de danseuse éxotique, créé de toutes pièces.



Mata Hari

Le cinéma muet eut son lot de vamps avec Theda Bara, Musidora, Helen Gardner, Nita Naldi, Louise Glaum, Pola Negri, etc. Ces actrices, à la peau fardée de blanc, surlignaient également leurs yeux d'une épaisse couche d'eyeliner. Leur regard perçant accentuait alors leur aura de mystère.



Nita Naldi et Rudolf Valentino

En 1915, l'actrice Theda Bara devint célèbre avec le film " A fool there was ", puis en 1917 avec son rôle dans " Cléopâtre ". Elle fut surnommée " the vamp " ou encore " Arab Death ". A l'époque, Theda Bara était un véritable sex-symbol et la première figure gothique. Le studio entreprit une campagne sur son image sulfureuse et son passé imaginaire. Le public américain raffolait des personnages féminins venant de l'étranger, entourés de mystère et d'exotisme. Theda Bara évoluait dans des décors orientaux, entourée de crânes, de serpents, parée de bijoux et de voiles transparents. L'extravagance des costumes ainsi que les rumeurs sur sa vie tumultueuse fascinaient alors le public. On lui prêtait également des pouvoirs surnaturels.

Theda Bara

Toujours en 1915, l'actrice Musidora incarna le personnage d'Irma Vep (anagramme de vampire) dans le serial " Les vampires " de Louis Feuillade. Evoluant dans une combinaison noire moulante, chef d'une bande de criminels, elle devint la muse des surréalistes.

En 1930, le Professeur Rath, héros du film allemand " L'ange bleu ", tombe sous le charme d'une chanteuse de cabaret interprétée par Marlène Dietrich. Il sera littéralement vampirisé par son amour passionnel.

Durant les années 40 et 50, les femmes fatales peuplèrent les films noirs américains, comme Mary Astor dans " Le faucon maltais " en 1941, Gene Tierney dans " Péché mortel " en 1945 ou encore Rita Hayworth dans " Gilda " en 1946.

Dans les années 50, Malia Nurmi incarna le personnage d'une femme vampire nommée Vampira. A partir de 1954, elle présenta des films d'épouvante dans son émission " The vampira show ". Deux décennies plus tard, le personnage de Vampira influença énormément le mouvement gothique. En 1959, elle joua aux côtés de Bela Lugosi dans le film d'Ed Wood, " Plan 9 from outer space ". L'actrice et présentatrice Cassandra Peterson reprit son look à partir des années 80 pour son personnage d'Elvira, maîtresse des ténèbres.

Malia Nurmi

Morticia Addams, personnage de la série télévisée " La famille Addams " (débutée en 1964) incarnait également la vamp. Dans cette comédie horrifique, Morticia alliait beauté glaçante et humour macabre.

En 1988, la rousse incendiaire Jessica Rabbit faisait tourner les têtes dans le dessin animé " Qui veut la peau de Roger Rabbit ? ".


Conclusion

La vamp est une des déclinaisons du vampire, fortement liée au mouvement gothique. Cette femme fatale incarne parfaitement la séduction mortelle qui entoure le personnage de la femme vampire.