Le pire du pire


Introduction

Bram Stoker a mis plus de dix ans pour écrire " Dracula ", une œuvre incontournable. Pointilleux et perfectionniste, Stoker a ainsi rédigé un roman original, au rythme dynamique et à la trame novatrice. Dracula, et le mythe des vampires en général, sont sans cesse adaptés, avec plus ou moins de succès, sur tous les supports. On peut donc s'interroger sur les motivations qui poussent certains auteurs et réalisateurs à utiliser le personnage du vampire dans leurs créations. Et surtout, comment certains peuvent-ils échouer aussi lamentablement dans leur tentative de produire une œuvre de qualité ?


Une surexploitation commerciale

Auparavant utilisé pour provoquer la peur, le vampire a largement été parodié, voire ridiculisé, dans les comédies des années 50. Ces productions manquaient d'originalité et de scénarios intéressants. Au milieu des années 70, ne sachant trop comment se renouveler, les studios britanniques de la Hammer exploitèrent le filon jusqu'au bout. En 1974, dans " La légende des 7 vampires d'or ", la tentative de mélanger différents genres populaires (aventure, horreur et kung-fu) tomba à plat. Malgré la présence de Christopher Lee à l'affiche, leurs dernières productions n'éveillaient plus du tout l'intérêt des spectateurs.


Everybody was kung-fu fighting !

Une œuvre à la mode, ou tirée d'une grosse licence, est fréquemment exploitée par des suites officielles, mais également copiée ou pastichée. Prenons comme exemple le cas du roman " Je suis une légende " de Richard Matheson. Cette œuvre originale et de qualité a rencontré un succès public et critique. Ce roman a logiquement connu plusieurs adaptations cinématographiques. Plus le temps passe et plus les déclinaisons sont de mauvaise qualité :

- 1954, parution du roman, œuvre charnière dans la littérature fantastique.
- 1964, " The last man on earth ", première adaptation au cinéma, efficace et fidèle au roman de Matheson.
- 1971, " Le survivant ", deuxième adaptation, davantage axée sur l'action que sur les réflexions générées par le roman.
- 2007, " Je suis une légende ", troisième adaptation. Bénéficiant d'un gros budget, ce film a rencontré un énorme succès public. Sa qualité est pourtant bien inférieure aux versions précédentes et son propos contredit l'histoire d'origine.
- 2007, " I am omega ", petite production fauchée profitant de la sortie du projet précédent.
- 2010, " I am virgin ", parodie quasi-amateur, fauchée, pas drôle et pauvre excuse pour déshabiller des "actrices" peu farouches.


On sent tout de suite les efforts du responsable des costumes pour "habiller" les vampires...

Un autre exemple d'adaptation ratée peut concerner un roman vers une bande dessinée. Le roman comico policier " La vierge de glace " (d'une qualité déjà relative) a ainsi donné lieu à l'une des pires BD de tous les temps, " L'affaire du siècle ". Ou comment oser réaliser deux albums au scénario inexistant, aux personnages archi-caricaturaux, à l'humour pitoyable et le tout servi par des graphismes à l'unisson.


Si on survit à la terrifiante mise en page de ces cases, il est intéressant de comprendre
que le monstre qui louche, avec son nez de cochon et des dents qui dépassent, est en fait
le seul moyen qu'ait trouvé le dessinateur pour représenter une Vietnamienne...


Des études indigestes

Au-delà des œuvres de fiction, le vampire est aussi exploité dans des productions destinées à étudier, analyser et expliquer le mythe. Ces études sont censées faire connaître le vampire au grand public en le vulgarisant, ou encore développer l'analyse pour les passionnés. Certaines études se contentent hélas de survoler le sujet, en reprenant des idées déjà publiées et n'apportent rien de plus au final. Certains auteurs, peu scrupuleux, plagient les recherches faites par d'autres, ou profitent de l'absence de distribution dans leur pays pour publier des " traductions-plagiats ". Non contents de fournir un travail minimum, ces éditeurs ponctuent fréquemment le texte d'erreurs puisqu'ils ne connaissent pas le sujet.

En reprenant un travail réalisé par des passionnés du mythe dans un but uniquement commercial, certains arnaquent le public en profitant d'un effet de mode. J'ai ainsi personnellement été plagiée à plusieurs reprises par la revue française " Vampire Story ", qui a copié sans vergogne certains de mes articles en les " agrémentant " d'une maquette indigne d'un collégien ! Profitant de la vague d'intérêt générée par " Twilight ", leur magazine est fatalement acheté par un public découvrant les vampires. Leurs pigistes (stagiaires non rémunérés par les responsables !), se contentant de réaliser des copier/coller, leur production est sans doute aussi rentable qu'elle est illégale…


Une des rares pages non plagiées du magazine Vampires Story.
Ou comment remplir un A4 avec du vide, mettre en forme de manière hideuse un paragraphe,
et prouver son incapacité à différencier Tom Cruise de Brad Pitt !

Autres études indigestes : celles où les auteurs, au lieu de se centrer sur leur sujet et leur public, préfèrent visiblement s'écouter parler. En voulant à tout prix trouver des points communs entre différents mythes et employer un style pompeux, ils proposent au final des textes hors sujet, qui peuvent se révéler incompréhensibles, rébarbatifs et dans tous les cas improductifs. On pourra citer comme exemple les études " Vampires et lumière " ou encore " A la recherche des vampires ".


Des vampires au rabais

Le personnage du vampire est facilement exploitable au cinéma. D'apparence quasiment humaine, ce monstre n'a a priori besoin que de peu d'effets spéciaux pour être représenté à l'écran. Un maquillage simulant la pâleur cadavérique, des crocs factices et des lentilles de contact suffisent dans la plupart des cas. Il coûtera ainsi, par exemple, nettement moins cher qu'un loup-garou " à l'ancienne " ou en images de synthèse. Et sera de ce fait le monstre privilégié des productions fauchées ou employant des techniciens peu compétents…

Les vampires étant d'ailleurs de plus en plus humanisés, certains acteurs n'ont même plus besoin de retouches visuelles. Ces nouveaux vampires n'ont plus de crocs, ne s'enflamment plus au soleil et ne se transforment ni en chauve-souris ni en brume. De simples trucages suffisent donc pour présenter aux spectateurs leurs capacités physiques hors normes, comme sauter, grimper ou courir à grande vitesse… De nombreuses comédies poussives, ainsi que des films d'action fauchés, utilisent ainsi le personnage du vampire avec un résultat désastreux comme par exemple : " Beverly Hills vamp ", " Transylvania 6-5000 ", " Les dents de la nuit ", " Against the dark " ou encore " Dracula 3k : l'empire des ombres ".


"Les dents de la nuit", ou comment cumuler acteurs bidons,
dialogues vulgaires, gags éculés et rythme poussif.

D'autres oeuvres utilisent à outrance l'image devenu un cliché du Dracula " classique ". Ce vampire ressemble en particulier à la version de Bela Lugosi, avec sa longue cape et son accent d'Europe de l'Est. Dracula revient ainsi régulièrement sur les écrans, ou sur le papier, car c'est un personnage extrêmement rentable du fantastique. Il est non seulement facilement identifiable par le grand public, mais accessible gratuitement à tout créateur, car étant tombé dans le domaine public.

Les films mettant en scène des chauves-souris vampires ou, de manière plus générale, des créatures se nourrissant de sang, sont généralement ratés par manque de budget, d'ambition, ou tout simplement à cause de leurs scénarios bâclés. Les exemples pouvant illustrer cette catégorie sont les films : " Zoltan, le chien sanglant de Dracula ", " The roost " ou encore " Chupacabra : le monstre disparu ".

Le vampire étant une créature intimement associée au sexe, certains y trouvent une bonne excuse pour des productions à l'érotisme plus ou moins forcé. Ces scénarios et histoires peuvent rapidement dégénérer dans la médiocrité la plus sordide. Malgré certaines bonnes séries comme " Zara la vampire ", Elvifrance (éditeur de BD des années 70-80) est ainsi réputé pour ses histoires poussives et vulgaires.

Trois cases, assez représentatives de la profondeur des dialogues des BD de vampires d'Elvifrance !

La série de mangas " Adrenalin " privilégie les héroïnes à forte poitrine à un véritable scénario. La pire production du cinéaste français Jean Rollin, connu pour ses films fantastico-érotiques, reste le fort ennuyeux " Requiem pour un vampire ".

Conclusion

Le personnage du vampire connaît des cycles et suit les effets de mode. Une oeuvre originale et couronnée de succès déclenchera quasi-systématiquement un nouveau cycle. Elle sera ainsi rapidement suivie par des copies opportunistes sans talent, souvent en grande quantité, et non maîtrisées. Que le budget soit anémique ou faramineux, les scénarios n'offriront généralement aucune originalité au public passionné. Le néophyte, quant à lui, sera malheureusement maintenu dans un rôle de consommateur au lieu d'être intelligemment distrait ou informé…


Adrenalin
Affaire du siècle, l'
Blood
Passe moi l'sel que j'me poivre !
Vampire d'Alba-Lulia, le
Véritable histoire de Dracula, la

Recherche des vampires, à la
Vampires et lumières
Vampires Story

Bain de minuit

Baiser du vampire, le
Hallucinations
Lieu incertain , un
Morsures millénaires, aux
Undead, the
Vampire junction

Against the dark
Beverly Hills vamp
Chupacabra : le monstre disparu
Dents de la nuit, les
Dracula 3k : l'empire des ombres
I am virgin
Je suis une légende
Légende des 7 vampires d'or, la
Mords-moi sans hésitation
Requiem pour un vampire
Roost, the
Transylvania 6-5000
Zoltan, le chien sanglant de Dracula

Je suis une légende
Plagiat par Vampires Story