Jean Rollin

 

Introduction

Jean Rollin fut l'un des rares cinéastes français à s'être spécialisé dans le film de genre. Réalisateur, scénariste, producteur, écrivain, Jean Rollin fut également comédien à l'occasion. Il décéda le 15 décembre 2010. Fasciné par le romantisme macabre et le fétichisme, ses films furent totalement novateurs pour l'époque. La figure du vampire revient régulièrement tout au long de sa carrière. Ce cinéma bis - voire expérimental - au budget limité fut particulièrement décrié par la critique, qui jugeait ces productions " amateurs ", aux scénarios sans queue ni tête. Sa carrière dans le porno, durant les années 1970/80, amplifia la réputation sulfureuse de ce réalisateur.


Influences

Jean-Michel Rollin Le Gentil naquit à Neuilly sur Seine, le 3 novembre 1938. Enfant, il fut influencé par " le Capitaine Fracasse " d'Abel Gance, ainsi que par les films de Marcel Carné. Il s'est souvenu de deux scènes marquantes : une séquence de tempête et un duel dans un cimetière. Inconsciemment, Jean Rollin reproduira cette scène de duel dans " Le viol du vampire ", où deux femmes s'affrontent à la lueur des torches.

Il fut également fortement influencé par les courts métrages, appelés à l'époque les serials, comme " Jungle Jim " de 1948, " The mysterious Dr Satan " de 1940 ou encore " The Shadow " de 1940. Son imagination se développa grâce aux séries de bandes dessinées qui proposaient : " la suite au prochain numéro ". Ses goûts littéraires le portèrent vers l'école intellectuelle d'après-guerre comme Bataille, Blanchot et Henry James. Durant son adolescence, Jean Rollin apprécia les films gothiques de la firme Universal, tels que " Abbott et Costello contre Frankenstein ", " La maison de Frankenstein " ou " La maison de Dracula ".


Carrière

Jean Rollin fit ses premiers pas dans le monde du cinéma à 16 ans pour Les films Saturne. Il réalisa des documentaires, des génériques et des dessins animés. Il poursuivit dans le Département cinématographique de l'Armée où il réalisa des publicités et des montages. Jean Rollin portait un grand intérêt au travail du réalisateur Georges Franju, au mouvement expressionniste allemand et se passionnait pour les écrits de Gaston Leroux.

Son premier film, " Le viol du vampire ", sortit dans quelques salles à Paris et en province, en mai 1968. En cette période d'esprit nouveau, il croyait alors que son film allait être bien accueilli. Au contraire, " Le viol du vampire " fit scandale, non seulement auprès de la critique mais également des spectateurs. Les critiques virulentes des professionnels (film sans scénario, acteurs qui ne savent pas jouer) l'accompagnèrent tout au long de sa carrière. " Le viol du vampire " était à l'origine un court métrage programmé après " Dead men walk ", un film de 1943. Après la faillite du producteur initial, Jean Rollin y ajouta un deuxième court métrage " La reine des vampires ". L'affiche fut réalisée par Druillet. A l'époque, les spectateurs trouvèrent ce premier film bizarre et absurde !

Pour des raisons commerciales, Jean Rollin fit carrière dans le genre pornographique durant les années 70, sous les pseudonymes de Robert Xavier ou de Michel Gentil. Son cinéma fantastique, novateur et subversif, fut visé par la censure de l'époque, notamment les scènes de messe noire, de nus et de violence. " Les raisons de la mort " de 1978 et " La morte vivante " de 1982, mettant en scène des zombies, étaient orientés vers le gore et la violence.

Outre sa carrière de réalisateur, Jean Rollin fut également Directeur de la collection Frayeurs chez Fleuve Noir, dans laquelle il publia " Les aventures des deux orphelines vampires", des récits fantasmagorique d'horreur.


Signature

Inspiré par le cinéma poétique de Franju et Bunuel, ses deux premiers films (" Le viol du vampire " et " La vampire nue ") sont fortement surréalistes. Jean Rollin a construit ses productions fantastiques autour de thèmes gothiques, certaines scènes devenant alors de véritables tableaux vivants. Il a souvent utilisé l'écriture " automatique " : le récit n'a pas de trame prédéfinie et l'histoire est inventée au fur et à mesure.

Ses budgets modestes l'obligeaient à tourner rapidement, avec un maximum de trois prises pour un même plan, joué par des acteurs amateurs. Jean Rollin remarqua qu'en l'absence de dialogue, ceux-ci bougeaient différemment, rappelant le cinéma expressionniste.

Jean Rollin tissait ses productions autour d'images qui représentent diverses émotions. Pour lui, le visuel comptait plus que le scénario ou même les dialogues. Du coup, ses films se composent parfois de scènes n'ayant pas forcément de lien logique entre elles !

Ses personnages évoluent généralement dans un univers onirique et décalé, sur un rythme hypnotique. Il prenait du temps pour le repérage de lieux sortant de l'ordinaire. Les décors privilégiés de Jean Rollin sont les châteaux abandonnés et les cimetières de nuit. Le thème de la dualité est souvent évoqué dans son œuvre, à travers des jumelles et des orphelines.


Jean Rollin et les vampires

Son thème de prédilection était la figure du vampire, et en particulier celui de la femme vampire. Le vampire fascine car il est le monstre le plus proche des humains. Jean Rollin mettait en scène l'érotisme latent et le fétichisme qui entoure ce mythe. Le baiser du vampire était pour lui particulièrement symbolique : il exprime avec sensualité le côté sauvage et primitif de ce prédateur.

Filmographie vampirique

- 1968 : Le viol du vampire
-
1969 : La vampire nue
- 1970 : Le frisson des vampires
- 1971 : Requiem pour un vampire
- 1974 : Lèvres de sang
- 1979 : Fascination
- 1995 : Les deux orphelines vampires
- 2000 : La fiancée de Dracula

Bibliographie vampirique

- 1993 : Les deux orphelines vampires
- 1994 : Anissa
- 1995 : Les voyageuses
-
1995 : Les pillardes
- 1995 : Les incendiaires


Conclusion

Même si les avis sur ce cinéaste sont mitigés, Jean Rollin reste incontournable dans le traitement du vampire en France. On ne peut que saluer son engagement pour le cinéma de genre, ainsi que la sincérité de son oeuvre. Il était régulièrement invité à de nombreux festivals, et ses films ont été réédités en DVD.


Deux orphelines vampires, les
Fiancée de Dracula, la
Frisson des vampires, le
Requiem pour un vampire
Vampire nue, la
Viol du vampire, le

Anissa (Deux orphelines vampires 2)
Voyageuses, les (Deux orphelines vampires 3)