La transmission du vampirisme

 

Introduction

Si l'on demande : "Comment devient-on un vampire ?", il y a fort à parier que la réponse sera "En étant mordu par un vampire !". Ce qui amène naturellement une seconde question : "Dans ce cas, qui a mordu le premier vampire ?". A cette version vampirique du classique paradoxe de l'œuf et de la poule, il ne se trouve pas une mais plusieurs réponses. En effet, tout comme les forces et les faiblesses des vampires varient d'un récit à l'autre, la manière d'en devenir un s'explique de plusieurs façons, selon les légendes ou les auteurs. Cet article a pour objectif de présenter les quatre principales approches de l'origine du vampirisme.


Vampire vous avez dit vampire ? (1985)


L'origine divine

Dans de nombreuses légendes, le premier vampire est un homme qui fut puni et maudit par Dieu. Le vampire est ainsi condamné à ne pas trépasser, tout en voyant ses proches mourir les uns après les autres.

Les causes de cette malédiction sont généralement un pacte avec des forces maléfiques ou le fait d'avoir renié Dieu. Parfois, le premier vampire est Judas ou Caïn, maudits après leur crime. Dans d'autres récits, le vampire est un démon - ou bien le corps d'un humain, possédé par une entité démoniaque - qui subsiste grâce au sang des humains.


Caïn et Abel - Pietro Novelli

Certaines personnes étaient également prédisposées à devenir des vampires, après leur mort, pour des raisons religieuses :

- Les sorciers ;
- Les loups-garous ;
- Ceux n'ayant pas reçu les derniers sacrements ;
- Les pêcheurs, surtout s'ils ne se sont pas repentis avant de mourir ;
- Les suicidés ;
- Les excommuniés ;
- Les non-baptisés ;
- Ainsi que ceux ayant eu la malchance de naître le jour d'une fête religieuse.

Quelques exemples représentatifs de cette mythologie :

- Le jeu de rôle " Vampire la Mascarade " (le vampire originel était Caïn) ;
- La nouvelle " Vij " (le vampirisme est lié à la sorcellerie) ;
- Le film " Dracula " de Coppola (Dracula devient vampire après avoir renié Dieu) ;
- Le jeu de rôle " Ravenloft " (Strahd Zarovich devient vampire après un pacte occulte incluant le meurtre de son frère) ;
- Le film " Dracula 2000 " (le vampire est en fait Judas, maudit pour sa trahison).


Le folklore

Les populations rurales des siècles passés étaient fortement superstitieuses, et les morts faisaient l'objet de rites funéraires parfois très complexes. Tout manquement à ces rituels mortuaires risquait d'offenser les esprits et de transformer le cadavre en vampire. Le vampire attaquait alors à ses proches (qu'il étranglait ou dont il suçait le sang), les condamnant à leur tour à devenir des non-morts. Il fallait par exemple éviter qu'un animal passe au dessus du cadavre, ou encore ne pas exposer un corps à la lumière de la lune.

Au-delà de l'aspect rituel des funérailles, voici d'autres prédispositions courantes pour devenir un vampire, selon les superstitions populaires :

- Avoir été colérique durant sa vie ;
- S'être fait dérober son ombre (!) ;
- Etre sous le coup d'une malédiction ;
- Etre décédé d'une mort violente ;
- Etre le septième fils d'un septième fils ;
- Etre un enfant illégitime ;
- Etre né avec tare physique, ou une particularité : être né coiffé, être né avec des dents, être roux, avoir les yeux d'un bleu très clair, souffrir d'une forte pilosité, avoir des taches de naissance) ;
- Manger la chair d'un animal ayant été mordu par un vampire.

Quelques exemples représentatifs de cette mythologie :

- Les cas de Paole et Plogojovitz sont les plus connus et furent reportés dans les rapports officiels de l'époque
- Le court-métrage " Les 3 visages de la peur " propose un vampire folklorique typique, revenu d'entre les morts pour tourmenter ses proches.


L'approche littéraire / cinématographique

La mythologie de l'écrivain Bram Stoker, mise en place dans son roman " Dracula ", est devenue un standard. Le vampire " classique " affaiblit ses proies en suçant leur sang. Après plusieurs morsures (généralement trois) - et une fois sa mort venue (après avoir été vidée de son sang) - la victime devient un vampire à son tour.

Cette mythologie surnaturelle fut reprise par Anne Rice dans son cycle, " Les chroniques des vampires ". Par un échange de sang, le vampire crée un lien fort avec les humains qu'il désire. La morsure, avec ou sans échange de sang en retour, reste actuellement la base de la plupart des récits.

Dans de nombreuses histoires, le vampire peut asseoir son pouvoir sur une proie en lui donnant de son sang sans la mordre. Il crée ainsi une goule, un serviteur fidèle.

Dans des récits plus modernes, on voit apparaître la notion de " sang-purs " : des vampires nés tels quels tendent à conserver la pureté de leur lignée et méprisent les convertis (ceux nés humains avant de devenir vampire).

De manière anecdotique, certains récits proposent également des vampires originaux, ayant la forme de plantes, d'animaux ou même d'objets !


La petite boutique des horreurs (1986)

Quelques exemples représentatifs de ces mythologies :

- Les films de la Hammer (le vampire transforme ses proies féminines par la morsure) ;
- Le film " Génération perdue " (un clan de vampire crée de nouveaux membres en leur faisant boire le sang du maître vampire. Ainsi devenus des demi-vampires, leur transformation ne s'achèvera qu'avec leur première victime) ;
- Le film " Un vampire à Brooklyn " (le vampire s'assure les services d'un serviteur humain en lui faisant boire de son sang) ;
- Les mangas " Vampire knight " (les vampires de sang-pur règnent sur la communauté vampirique) ;
- Les nouvelles " La cape " et " La robe de soie blanche " (les vêtements transforment peu à peu leurs porteurs en vampires).


L'explication "scientifique"

Cette approche explique la contamination des victimes par des raisons médicales plutôt que surnaturelles : un virus, un poison ou même une morsure de chauve-souris peuvent ainsi provoquer le vampirisme.

Dans le film " Aux frontières de l'aube " par exemple, le vampirisme se guérit d'une façon purement médicale : les deux héros redeviennent humains grâce à une transfusion de sang. Cette notion existait déjà dans le roman " Dracula " de Bram Stoker, où le Professeur Van Helsing parvenait à redonner des forces à Lucy, victime de Dracula. Il retardait ainsi son décès et sa résurrection en vampire.

Pour " La nuit des morts-vivants " de 1968, George Romero s'est inspiré du roman " Je suis une légende ". Cependant, comme il ne souhaitait pas mettre en scène des vampires buveurs de sang, il remplaça ces derniers par des morts mangeurs de chair. Les non-morts (" undead ") laissaient ainsi la place aux morts-vivants (" living-dead "), qui allaient créer un nouveau genre cinématographique : le film de zombies. Il est important de noter que, dans " La nuit des morts-vivants ", ce n'est pas la morsure qui transforme les humains en monstres. Toutes les personnes mortes deviennent des zombies, la morsure de ces derniers provoquant simplement une mort rapide !

Depuis les années 80, le genre a évolué, et certains films mettent en scène des créatures nettement plus rapides et agressives que les zombies de Romero (" Le retour des morts-vivants ", " L'armée des morts ", ou encore " 28 jours plus tard ", bien que ce dernier parle d'infectés et non de morts-vivants). Ces succès cinématographiques ont bien entendu influencé à leur tour le mythe du vampire, donnant naissance à des œuvres telles que " 30 jours de nuit " ou " Je suis une légende " (version 2007).

La boucle est ainsi bouclée : les vampires, à l'origine des films de zombies modernes, sont désormais traités comme ces derniers. Le vampirisme se transmet toujours à cause d'une morsure, mais le vampire n'a désormais plus rien de glamour. Son baiser est, quant à lui, devenu une véritable dévoration.


La nuit des morts vivants (1968)

Enfin, dans d'autres œuvres récentes (comme par exemple " 30 jours de nuit " ou encore " Vampires II : los muertos "), des humains se transforment volontairement en vampires en s'injectant directement du sang de vampire. Le facteur contaminant est uniquement présent dans le sang, et la morsure est désormais inutile.

Quelques exemples représentatifs de ces mythologies :

- Le film "30 jours de nuit" (la morsure des vampires est présentée comme une contagion) ;
- Les romans "Twilight" (lorsqu'un vampire mord un humain, il lui transmet un poison qui attaque le corps).
- Le roman "Je suis une légende", ou encore le film "Daybreakers" (à la suite d'une épidémie, la population mondiale a été transformée en vampire)


Conclusion

La transmission du vampirisme, tout comme les caractéristiques des vampires, ne cessent d'évoluer au fil des récits et de l'imagination des auteurs. On remarquera que, de toute époque, le vampire est souvent le reflet des craintes de la population. La peur du châtiment divin, les superstitions folkloriques, les épidémies ou encore les dérives de la science, ont tour à tour inspiré les légendes puis les œuvres de fiction.


Aux frontières de l'aube
Daybreakers
Dracula (1992)
Dracula 2001
Génération perdue
30 jours de nuit
Vampire à Brooklyn, un

Vampires 2 : adieu vampires
Wurdalaks, les

Dracula (Stoker)
Entretien avec un vampire
Fascination
Vij

B.A. BA : vampires
Encyclopaedia vampirica

Encyclopédie amoureuse des vampires, l'
Histoires de vampires
Monster Mania Vampires
Traité de vampirologie
Vampires : a very peculiar history
Vampires : de la légende au mythe moderne

Vampire knight

Ravenloft : royaume d'épouvante
Vampire la Mascarade

Je suis une légende
Le studio de la Hammer
Les vampires folkloriques
Les types de vampires