Le studio de la Hammer


Introduction

Le studio britannique de la Hammer est surtout connu pour ses films d'horreur. Dans les années 60 et 70, les scénaristes et réalisateurs apportèrent une certaine modernité au genre, à l'aide d'images chocs et gores, de méchants violents et de touches d'érotisme. Décrié par la critique professionnelle pour ses débauches de sang, de nudité et de mauvais goût, le studio connut toutefois le succès auprès des spectateurs. Ses films révélèrent des acteurs comme Christopher Lee et Peter Cushing. Malgré des budgets modestes, un soin particulier était apporté aux décors et aux costumes, créant une ambiance gothique qui fut également la marque de fabrique de la Hammer.


Création de la firme

La firme " Hammer Production Ltd " fut fondée en 1934 à Londres par Williams Hinds (propriétaire d'une chaîne de bijouteries) et Enrique Carreras (directeur de salles de cinéma). En 1935, ils formèrent la Compagnie de distribution " Exclusive Films ". D'abord spécialisée pour ses productions de science-fiction, d'aventures, de comédies et de thrillers, elle se spécialisa par la suite dans les films d'horreur. William Hinds, était également acteur amateur, et la firme tira son appellation de son nom de scène qui était Will Hammer. Les fils des fondateurs, James Carreras et Anthony Hinds, rejoignirent " Exclusive Films " en 1938. Les activités de la firme furent mises en veille durant la seconde guerre mondiale.

Le 12 février 1949, " Exclusive Films " enregistra "Hammer Films Productions " comme nom de société. En 1950, avec la signature d'un accord avec Robert Lippert (un producteur américain), les productions de la Hammer commencèrent à être distribuées aux Etats-Unis. Pour toucher ce nouveau public, les producteurs engageaient des acteurs américains dont la carrière était sur le déclin. Le réalisateur Terence Fisher (qui réalisera 3 films vampiriques pour la Hammer) signa son premier film en 1951.



Terrence Fisher

Avec de nouvelles entrées d'argent, le studio de la Hammer pouvait alors investir dans le recrutement d'acteurs professionnels et de décors de qualité. En 1951, ils firent notamment l'acquisition du manoir de Down Place, transformé en studios sous le nom de Bray Studios, et qui fut utilisé jusqu'en 1966. En 1954, ils signèrent leur premier film en couleur, " The men of Sherwood forest ".



Bray studios


L'âge d'or

De 1955 à la fin des années 60, le studio produisit des films de genres incontournables dans l'histoire du cinéma britannique. Le premier film marquant date de 1955, " The Quatermass Xperiment ", adapté d'une série connue de la BBC. Pour se démarquer des studios Universal, " Frankenstein s'est échappé " sortit en couleur en 1957. Ce film de Terence Fisher réunissait les deux acteurs Christopher Lee et Peter Cushing. Il marqua les esprits par ses décors gothiques et ses scènes chocs en couleur. Le succès fut au rendez-vous en Angleterre mais également aux Etats-Unis. Fort de cette expérience, le studio renouvela les monstres classiques des studios Universal tels que la créature de Frankenstein, la momie, Dracula, le loup-garou, le fantôme de l'opéra ou encore Dr Jekyll. En plus de l'horreur, la Hammer produisit également des comédies et des drames.



Frankenstein s'est échappé - 1957

Fort de son succès, la Hammer fut courtisée par de nombreux majors d'Hollywood dans les années 60. Le studio travailla en collaboration avec Columbia, 20th Century Fox et Universal. En 1968, le studio reçut le " Queen's Award of Industry " pour avoir dépassé un revenu de 5 millions de livres après trois années de succès.


Le déclin

Dans les années 70, des films d'horreur aux scénarios plus contemporains firent leur apparition, ainsi que la télé en couleur : " Rosemary's baby " et " La nuit des morts vivants " en 1968, ou encore " L'exorciste " en 1973. Le studio de la Hammer, ne renouvelant pas son optique, perdit au fil des années l'intérêt du public. Malgré la réticence de Christopher Lee, les producteurs insistaient pour qu'il interprète encore à plusieurs reprises le Comte Dracula. Ils misèrent également sur des femmes vampires plus aguichantes comme Ingrid Pitt et sa prestation dans " The vampire lovers ".



The vampire lovers - 1970

Avec les adaptations du roman " Carmilla ", les films montrèrent des scènes de lesbianisme. Dans le film " La légende des 7 vampires d'or ", ils se tournèrent même vers les films de kung-fu, pour un résultat très moyen. Michael Carreras avait eu dans l'idée d'adapter le personnage des comics " Vampirella ", mais ce projet n'aboutit pas.

En 1978, La chanteuse britannique Kate Bush rendit hommage au genre gothique du studio à travers sa chanson " Hammer horror ". Un an plus tard, le dernier film de la Hammer sortit au cinéma. Le studio réalisa dans les années 80 deux séries télévisées de 13 épisodes, " Hammer House of Horror " en 1980 puis " Hammer House of Mystery and Suspense " en 1984, puis des documentaires sur leurs productions passées à partir des années 1990. Au total le studio aura produit 207 films.

Après une longue période d'hibernation, le studio de la Hammer fut racheté en 2007 par un consortium européen. Le film " Beyond the rave ", mis en ligne gratuitement en 2008, propose une histoire de vampire contemporaine. Le studio a également réalisé en 2010 : " Laisse moi entrer ", remake du film suédois " Morse ".



Beyond the rave - 2008


Le duo de choc

Déjà face à face dans le film " Frankenstein s'est échappé ", le duo Christopher Lee - Peter Cushing est surtout connu pour les rôles respectifs du Comte Dracula et du Professeur Van Helsing. Ils représentent sans artifices le monstre face à l'homme, le bien contre le mal ou encore l'univers gothique face à celui de la science. Rapidement, Christopher Lee ne crut plus au succès des films de la Hammer. Il se plaignait notamment de la faible qualité des scénarios et surtout de son salaire. A plusieurs reprises, il ajouta des dialogues supplémentaires au script, qui reprenaient des phrases du roman " Dracula " de Bram Stoker. Peter Cushing incarna des chasseurs de vampires n'ayant pas forcément le nom de Van Helsing, face à d'autres vampires que le Comte Dracula. Le documentaire " Flesh and blood : the Hammer heritage of horror " de 1994, compile les commentaires des deux stars des studios ainsi que des images d'archives.




Christopher Lee


Peter Cushing

Les 16 films de vampires de la Hammer

La firme eut la bonne idée de décliner ses personnages marquants en plusieurs films. " Frankenstein s'est échappé ", de 1957, connaîtra par exemple six suites. Certains scénarios de leurs productions vampiriques reprenaient des personnages classiques de la littérature, comme Dracula ou Carmilla, mais aussi des personnages historiques comme la Comtesse Bathory. Ils proposèrent également d'autres vampires inédits.

- Le cauchemar de Dracula (1958) de Terence Fisher
Dans ce film, le Comte Dracula (Christopher Lee) ne dit pas un seul mot ! Le scénario offre quelques différences par rapport au roman " Dracula ", avec notamment des changements de noms ou des inversions de personnages. Le vampire fait étalage de pouvoirs classiques et envoûte ses victimes féminines. Peter Cushing propose une interprétation magistrale du chasseur de vampires. Ce film connu un énorme succès en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada, mais également dans de nombreux autres pays.



- Les maîtresses de Dracula (1960) de Terence Fisher
Bien que le nom de Dracula apparaisse dans le titre, le vampire du film est le Baron Meinster, incarné par David Peel. Le personnage de Van Helsing est toujours interprété par Peter Cushing. Ce scénario est original et ne reprend pas la trame du roman de Stoker.

- Le baiser du vampire (1963) de Don Sharp
Le Professeur Zimmer, interprété par Clifford Evans est un double du Professeur Van Helsing et le seul rempart contre les forces du mal. Le Dr Ravna a fondé un véritable culte vampirique. Leurs pouvoirs et leurs faiblesses divergent un peu du mythe classique. Ils sont entre autre détruits par des morsures de chauves-souris !



- Dracula, prince des ténèbres (1966) de Terence Fisher
Ce film marque le retour de Christopher Lee qui rendosse la cape de Dracula (même s'il n'apparaît que rarement dans le film). On y retrouve des scènes phares du roman de Stoker, ainsi que l'ambiance et les décors gothiques caractéristiques de la Hammer.

- Dracula et les femmes (1968) de Freddie Francis
Le scénario du film est écrit par Anthony Hinds, sous le nom de John Elder. Une nouvelle fois, le Comte Dracula ressuscite par l'absorption de sang frais. Christopher Lee se lance cette fois sur les traces d'un homme de foi, Monseigneur Muller, incarné par Rupert Davies. Le vampire utilise la crainte pour s'assurer le service d'un serviteur. Par sa morsure, il a tous pouvoirs sur ses proies féminines. Le Comte Dracula est ici sans pitié avec ses ennemis et ses victimes.



- Une messe pour Dracula (1970) de Peter Sasdy
Cette fois, le Comte Dracula est ressuscité par une cérémonie occulte. Une seule goutte de sang frais sur ses cendres le ramène à la vie. Les apparitions de Christopher Lee sont encore plus épisodiques que dans les films précédents.

- Les cicatrices de Dracula (1970) de Roy Ward Baker
Pour séduire le public, le film propose plus de scènes gores et un Dracula plus sadique. Le Comte exerce un véritable contrôle sur les chauves-souris. Elles portent du sang sur ses cendres pour ressusciter leur maître et attaquent les mortels. Klove, le serviteur humain de Dracula, interprété par Patrick Troughton, est un personnage clé du film. Malgré un scénario répétitif, ce film propose l'une des meilleures interprétations de Christopher Lee.



- The vampire lovers (1970) de Roy Ward Baker
Dans ce film, inspiré du roman " Carmilla " de Sheridan Le Fanu, Ingrid Pitt interprète Mircalla Karnstein. La vampire survit grâce au sang des jeunes filles avec qui elle se lie d'amitié. Le studio met en avant la sensualité des actrices. Peter Cushing joue le rôle du Général Speilsdorf, dont la nièce est victime de Mircalla.

- Lust for a vampire (1971) de Jimmy Sangster
Ce film est également inspiré du roman " Carmilla ". Yutte Stensgaard y incarne Carmilla Karnstein, ressuscitée par une cérémonie occulte. Désormais nouvelle élève dans une institution pour jeunes filles, elle fera tout pour sauvegarder son secret.



- Comtesse Dracula (1971) de Peter Sasdy
Ce film est inspiré de l'histoire de la Comtesse Bathory. Ingrid Pitt incarne avec succès la Comtesse Elisabeth Nadasdy, qui conserve sa jeunesse grâce au sang de jeunes filles.

- Les sévices de Dracula (1971) de John Hough
Ce film est librement inspiré du roman " Carmilla ". Le titre français est donc totalement inapproprié ! Peter Cushing y incarne Gustav Weil, un puritain qui traque sans pitié vampires et sorcières. Avec son sang, le Comte Karnstein ressuscite la vampire Marcilla. Les deux jeunes nièces de Gustav seront alors en grand danger face aux vampires. Les deux actrices n'hésitent pas à montrer leurs charmes.



- Le cirque des vampires (1972) de Robert Young
Le scénario est cette fois tout à fait original, proposant un groupe de vampires. Des villageois, responsables de la destruction d'un vampire, vont subir sa vengeance. Les vampires donnent des spectacles au Cirque des Nuits. Ils ont la capacité de se transformer en animaux exotiques comme les panthères noires. Ces vampires ont un côté séducteur associé à une réelle sauvagerie.

- Capitaine Kronos, tueur de vampires (1972) de Brian Clemens
Les producteurs avaient dans l'idée de créer une série de films basés sur le personnage central du film. Le chasseur de vampire est accompagné du Professeur Grost qui connaît parfaitement les moyens de les piéger et de les détruire. Le vampire du film est novateur car il se nourrit de la jeunesse de ses proies par un baiser. Le côté léger du film, avec un héros désinvolte, est amusant.



- Dracula 73 (1972) d'Alan Gibson
Christopher Lee et Peter Cushing reprennent leurs rôles respectifs du Comte Dracula face à un descendant du Professeur Van Helsing. Dracula sévit désormais à Londres de nos jours (du moins à la sortie du film en 1972). Le vampire a été ressuscité par Johnny Alucard, un jeune en mal de sensations, lors d'une cérémonie satanique. Dracula cherche à transformer une jeune femme, Jessica Van Helsing. Ce film, tout comme sa suite, est ancré dans les années 70.

- Dracula vit toujours à Londres (1973) d'Alan Gibson
On retrouve dans cette suite, les deux acteurs phares de la Hammer, Christopher Lee et Peter Cushing. Dracula dirige désormais, sous le nom de Denham, une fondation. Le Professeur Van Helsing est à nouveau confronté au vampire qui menace non seulement Jessica Van Helsing mais aussi l'humanité toute entière.



- La légende des 7 vampires d'or (1974) de Roy Ward Baker
Sur le déclin, la Hammer signe un partenariat avec les studios Shaw Brothers de Hong Kong. Les producteurs espèrent toucher un nouveau public avec un film d'action de kung-fu. Dracula, qui a pris l'apparence d'un prêtre chinois, part étendre sa domination en Chine. Peter Cushing reprend son rôle du Professeur Van Helsing. Il aide un groupe de combattants à se débarrasser des vampires menés par Dracula. Les victimes deviennent des morts-vivants à la solde des vampires. La mythologie du film mélange croyances occidentales et asiatiques. Malgré la bonne volonté de Peter Cushing, toujours convainquant dans son rôle de chasseur de vampires zélé, le film tombe plutôt à plat.

- Laisse moi entrer (2010) de Matt Reeves
Après trente ans d'absence, la Hammer revient sur le devant de la scène avec un film de vampire. " Laisse moi entrer " est le remake américain du film suédois " Morse ". Même si le jeu des acteurs est correct, ce film est raté. Le scénario, la réalisation et le charisme des personnages principaux manquent cruellement de profondeur.


Conclusion

Les productions du studio de la Hammer ont indéniablement marqué les esprits et influencé les réalisateurs. La majorité de leurs films reste encore indispensable dans toute filmographie vampirique. Le spectateur retiendra leur visuel gothique (avec un vampire classique attendant dans son repaire isolé), leurs chasseurs de vampire tenaces, leurs proies féminines aguicheuses. Durant les années 60 et 70, la Hammer sut apporter de la modernité aux films d'horreur, en bravant la censure et la critique.


Baiser du vampire, le
Capitaine Kronos, tueur de vampires
Cauchemar de Dracula, le
Cicatrices de Dracula, les
Cirque des vampires, le
Countess Dracula

Dracula 73
Dracula et les femmes
Dracula prince des ténèbres
Dracula vit toujours à Londres
Laisse moi entrer
Légende des 7 vampires d'or, la
Lust for a vampire

Maîtresses de Dracula, les
Messe pour Dracula, une
Sévices de Dracula, les
Vampire lovers, the

Antre de la Hammer, l'
Dans les griffes de la Hammer

Midi-Minuit Fantastique (volume 1)

Les acteurs célèbres
Peter Cushing
Christopher Lee
Universal Pictures