Loups-garous et Vampires


Introduction

Le loup-garou, tout comme le vampire, est une créature surnaturelle à la fois fascinante et effrayante ; présente dans les plus anciennes légendes. On parle également de transformation en tigre, léopard ou crocodile dans les croyances indienne, amérindienne ou africaine. Les dieux scandinaves avaient pour coutume de se changer en ours ou en loup géant. Au Moyen âge, l'Europe fut en proie à une psychose des loups-garous, allant jusqu'à de véritables " épidémies ". Comment les mythes du vampire et du loup-garou ont-ils cohabité, et quelles furent leurs caractéristiques communes, depuis l'antiquité jusqu'au 21ème siècle ?


Lithographie - 19ème siècle


Lycanthropie et autres pathologies

Il faut tout d'abord distinguer le lycanthrope du loup-garou. La lycanthropie est une affection mentale où le sujet se prend pour un loup. Il ne possède aucun pouvoir magique mais est victime d'hallucinations. Noctambules, ces malades hantaient les cimetières pour déterrer les cadavres fraîchement enterrés ou attaquer les troupeaux et parfois les hommes. Avides de sang et de chair, certains allèrent jusqu'au meurtre et au cannibalisme. Certaines maladies, méconnues dans le passé, expliquent les croyances au vampirisme et au loup-garou. L'hypertrichose est une maladie génétique hormonale. La pilosité faciale, et parfois de tout le corps, est anormalement excessive. Les cas de Petrus Gonsalvus, noble du 16ème siècle, et de ses enfants furent longuement étudiés.


Petrus Gonsalvus

La porphyrie, ou maladie de Gunther, fut autrefois associée à tort au vampirisme. La pilosité des malades était déréglée, leur visage et leurs mains déformés. Leurs gencives creusées faisaient apparaître les dents comme plus longues que la normale ou - dans l'imagination des gens de l'époque - comme de véritables crocs. Leur peau rougeâtre était crevassée par l'action de la lumière qui aggravait leur état. Certains souffraient également de délires d'agressivité, ou au contraire de fatigue écrasante. L'ail influençait aussi la progression de leur maladie.


Mythologie du loup-garou

Le loup-garou relève de la tradition fantastique, où l'homme acquiert le pouvoir de se transformer en loup ou en homme-loup. Il gagne ainsi tous les attributs de l'animal (force, férocité, endurance, vitesse, agilité, ruse). Selon la tradition, les loups-garous conservent leur voix et leurs yeux d'humain. On peut les détecter sous leur forme humaine par certaines caractéristiques : les sourcils qui se rejoignent au-dessus du nez, leurs ongles à la teinte rougeâtre, ou encore les oreilles implantées vers le bas du crâne. Le loup-garou garde ses blessures quand il redevient humain. Lorsqu'on parvenait à lui dérober ses vêtements quand il partait en chasse, il était condamné à rester sous sa forme animale. Certains sorciers utilisaient une peau de loup pour pouvoir se transformer.


Gravure du Moyen âge

Pour les Grecs et Romains, la métamorphose en loup-garou était due à la magie ou à châtiment divin qui frappait les mortels criminels. Le roi Lycaon, qui proposa à Zeus la chair d'un de ses fils lors d'un banquet, fut maudit et changé en loup pour son acte barbare. Dans d'autres légendes, le loup-garou pouvait se racheter s'il parvenait à combattre sa soif de sang durant neuf ans.


Le roi maudit Lycaon

Au Moyen Age et à la Renaissance, le Christianisme associa le loup au diable. Figure païenne et prédateur redouté, il devait être éradiqué. Les sorciers commerçant avec le diable pouvaient se transformer en loup-garou, parfois à l'aide de philtres ou d'onguents magiques. Aux 15ème et 16ème siècles, en France et en Allemagne, des milliers de " loups-garous " furent exorcisés, pendus ou brûlés. La France compta près de 30 000 procès ! La majorité des cadavres étaient incinérés pour éviter toute résurrection en vampire. La France fut touchée par une affaire mystérieuse et terrible : la Bête du Gévaudan terrorisa la Lozère entre 1764 et 1767, faisant près d'une centaine de morts. Cette créature se distinguait par son agressivité, son agilité et son endurance hors norme. On la disait même insensible aux balles…


La bête du Gevaudan


Points communs avec les vampires

Dans les croyances populaires, lorsqu'un loup-garou (généralement un sorcier) décédait, il revenait en l'état de vampire. Dans certains cas, les esprits sortaient de leur tombe sous forme de loup pour tourmenter les vivants. Tout comme le vampire, le loup-garou craignait la lumière et la croix (qui est un symbole solaire dans certaines cultures). Il pouvait être détruit par le feu ou la décapitation. De part sa nature surnaturelle, il possède des capacités hors-normes semblables au vampire : physiques (force, résistance, vitesse) et mentales (capacité de paralyser les animaux et les enfants par le regard).


La transformation en loup

Outre le fait de commercer avec le malin ou de porter une peau de loup, certains humains étaient prédisposés à devenir des loups-garous : subir une malédiction, avoir mangé de la chair humaine, être le septième fils d'une famille, naître coiffé, avoir des taches de naissance ou une quelconque anormalité, avoir été excommunié, avoir vécu dans le péché... La majorité de ces conditions étaient les mêmes que celles qui causaient le vampirisme. Le loup-garou assouvissait généralement ses horribles festins de minuit jusqu'à l'aube, tout comme les vampires en quête de sang frais.


La bête terrorise les campagnes


Variantes sémantiques

Dans les légendes, les termes désignant les vampires et les loups-garous étaient souvent les mêmes.

  • Dans les Caraïbes (folklore des colons français et des peuples africains), le loogaroo (dérive du mot français loup-garou) désignait une sorcière vampire ayant fait un pacte avec le diable. Elle gagnait des pouvoirs magiques mais, en contrepartie, elle devait apporter à son maître du sang frais toutes les nuits. Elle laissait sa peau humaine derrière un plant de coton pour se changer en boule de lumière bleue.



Le loogaroo

  • Le terme slave vukodlak (dérivé du mot grec vrykolakas) désignait également les vampires. Tout comme les vampires, le loup-garou ne pouvait s'empêcher de compter les graines jetées devant lui. Les animaux, notamment les chiens, devenaient agressifs en sa présence.

  • Le pricolici roumain comme le strigoi ou encore le varcolac, désignait un esprit revenu tourmenter les vivants sous la forme d'un gros chien ou d'un loup. Les hommes particulièrement mauvais ou violents étaient destinés à devenir des pricolici à leur mort. Ce terme désignait également un gobelin.

  • Le voirloup français désignait une femme ayant commis les sept péchés capitaux, ou étant possédée par le diable. Elle prenait une forme animale (loup, renard, sanglier, bouc, chat) pour aller, de minuit jusqu'à l'aube, attaquer ses proies et leur sucer le sang. Nyctalopes et discrètes, elles étaient redoutables. La lumière du jour agressait leurs yeux phosphorescents. Elles se distinguaient par une régénération rapide et une insensibilité à la douleur. Avant le chant du coq, les voirloups devaient reprendre leur forme humaine.

Influences du cinéma au 20ème siècle

En 1935, dans le film Universal " Werewolf of London ", le loup-garou est blessé par une balle en argent. Ce thème restera par la suite ancré dans la mythologie.


Werewolf of London - 1935

Lon Chaney Jr interpréta le loup-garou en 1941 dans un autre film de la compagnie Universal, " The wolf man ". Dans ce film, le héros devient un loup-garou à la suite d'une morsure. Dès lors, il est condamné à se transformer en homme-loup chaque nuit de pleine lune. La contamination par la morsure, qui n'existait pas dans le folklore concernant les loups-garous, a ainsi été empruntée aux films de vampires.


The wolf man - 1941

Les personnages littéraires classiques du loup-garou, du vampire (et plus précisément de Dracula dans un premier temps) et même de la créature de Frankenstein ne cesseront de se rencontrer dans les productions cinématographiques : en 1944 " The return of the vampire " (avec Bela Lugosi), en 1944 " House of Frankenstein " (avec Boris Karloff, Lon Chaney Jr et John Carradine), en 1945 " House of Dracula " (avec Lon Chaney Jr et John Carradine), en 1948 " Abbott and Costello meet Frankenstein " (avec Lon Chaney Jr et Bela Lugosi).


Abbott and Costello meet Frankenstein - 1948

Les studios de la Hammer, à la différence de Universal ne mêlèrent jamais les personnages du loup-garou et du vampire dans une même production. En 1971, dans " The werewolf vs vampire woman ", un comte loup-garou combat une sorcière vampire.


Evolution moderne des mythes

De nouvelles notions sont apparues dans les productions plus récentes. En 1992, dans son film " Dracula ", Francis Ford Coppola reprend la mythologie du roman original de Bram Stoker. Le comte vampire s'y transforme en loup, mais aussi en homme-loup.


Dracula - 1992

Depuis les années 90, un grand nombre de films fantastiques est incontestablement influencé par le jeu de rôle " Le monde des ténèbres ". Dans ces manuels, les personnages surnaturels de toutes sortes (loups-garous, vampires, mages, spectres…) cohabitent dans des milieux urbains. Les loups-garous devinrent ainsi peu à peu les ennemis des vampires, pour le contrôle des territoires. Dans les films " Underworld " de 2003 et " Van Helsing " de 2004, les vampires considèrent les loups-garous comme leurs esclaves.

Underworld - 2003
Van Helsing - 2004

Cette animosité entre les deux races se confirme dans la littérature bit lit, lancée par la série de romans " Anita Blake " de Laurell K Hamilton. La bit lit (contraction anglophone des mots " bite " pour morsure et " literature ") est un sous genre de fantaisie urbaine où les créatures surnaturelles sont bien réelles. Les personnages phares de ces romans sont, bien évidemment, les vampires et les loups-garous. A la différence des loups-garous des légendes, les loups-garous modernes peuvent contrôler leur transformation à volonté.


Illustration de Frazetta - Dracula meets the wolfman

Les personnages clés des romans sont généralement des héroïnes combattantes, elles-mêmes monstres ou ayant certains pouvoirs. Ces récits mêlent, avec plus ou moins d'intensité, action, enquête, gore, horreur et sexe. La notion de mal a tendance à disparaître pour privilégier les relations - voire la romance - entre les monstres et les humains. La série " Twilight ", de Stephenie Meyer, en est la parfaite illustration.


Conclusion

Le loup-garou, tout comme le vampire, est bien présent dans l'imaginaire et les légendes. Bien qu'issus d'un folklore commun et s'influençant l'un l'autre au gré d'œuvres à succès, ces deux créatures sont désormais, pour le grand public, très différentes et codifiées. Quelle que soit notre préférence, ils nous font tous deux rêver (ou cauchemarder !) par les notions de liberté et l'absence de tabous qu'ils véhiculent.


Animals
Dracula (Coppola)

Fascination (Twilight 1)
Tentation (Twilight 2)
Hésitation (Twilight 3)
Révélation partie 1 (Twilight 4)
Révélation partie 2 (Twilight 5)

Underworld 1
Underworld 2 : Evolution
Underworld 3 : Le soulèvement des lycans
Underworld 4 : Nouvelle ère

Van Helsing

Vampire la mascarade

Vampires vs werewolves

Plaisirs coupables (Anita Blake 1)
Cadavre rieur, le (Anita Blake 2)
Cirque des damnés, le (Anita Blake 3)
Lunatic café (Anita Blake 4)
Squelette sanglant, le (Anita Blake 5)
Danse mortelle (Anita Blake 6)
Offrande brûlée (Anita Blake 7)
Lune bleue (Anita Blake 8)
Papillon d'obsidienne (Anita Blake 9)
Narcisse enchaîné (Anita Blake 10)
Péchés céruléens (Anita Blake 11)
Rêves d'incube (Anita Blake 12)

Fascination (Twilight 1)
Tentation (Twilight 2)
Hesitation (Twilight 3)
Révélation (Twilight 4)

La bit lit
La porphyrie
Universal Pictures
Le tour du monde des vampires