Je suis une légende

 

Introduction

Le roman " Je suis une légende " de Richard Matheson n'est pas aussi célèbre que " Dracula " de Bram Stoker mais il a également influencé les œuvres de science-fiction et d'horreur. En modernisant le mythe, l'auteur a fait évoluer le vampire du folklore à la société moderne.


Le livre

En 1954, Richard Matheson écrit son troisième roman : " Je suis une légende ". Après la vision du film " Dracula " de Tod Browning (1931), Matheson pensa que si un seul vampire étant effrayant, une ville pleine de vampires le serait d'avantage ! Contrairement aux idées reçues, il souhaitait simplement écrire une histoire de vampires et n'avait pas dans l'idée de faire un quelconque plaidoyer contre la guerre. Ce roman est novateur car le personnage du vampire n'est plus du tout traité sur un plan folklorique. Ce récit de science-fiction, situé dans un univers post-apocalyptique, offre une approche scientifique du mythe. Le vampirisme est ici traité comme une maladie contagieuse. L'écrivain inverse les rôles : c'est l'être humain qui est devenu une légende, une créature anormale face aux vampires qui règnent sur cette nouvelle ère. L'humain, dernier représentant de l'ancienne race, est devenu détestable et effrayant pour la majorité.

Dans " Je suis une légende ", une guerre nucléaire engendra un germe responsable de l'éradication de l'espèce humaine. Les survivants furent transformés en vampires à la suite d'une épidémie. Robert Neville est le seul " être vivant " de Los Angeles et ses appels radio restent infructueux. Il découvre qu'il est immunisé à la mutation, ayant auparavant été mordu par une chauve-souris d'Amérique du sud. Ses recherches sur le germe n'aboutissant pas, tous ses proches ont été condamnés à disparaître. Neville découvrira que cette maladie touche également les animaux.

L'auteur reprend certains éléments du folklore comme les faiblesses des vampires. Ils craignent l'ail, les symboles religieux (la torah pour les vampires juifs, croix pour les chrétiens…), le soleil et les miroirs. Durant la journée, Neville organise des raids pour se débarrasser des vampires. Il leur plonge un pieu dans le cœur et brûle les dépouilles. Le héros se pose des questions sur le sens de ces faiblesses légendaires et ramène tout à un plan scientifique et rationnel. Il découvre que le pieu n'est pas la cause de leur destruction mais que c'est l'air qui, pénétrant dans leur corps, altère le bacille (paralysant son hôte). La nuit venue, Neville se barricade dans sa maison pour échapper aux vampires. Il refusa de brûler le corps de sa femme, préférant l'inhumer dans un caveau. Là encore, Matheson fait référence au folklore lorsque la défunte " revient à la vie " et parcourt une longue distance pour rentrer chez elle. Les vampires sont uniquement soumis à leurs instincts primaires.

Au fil du récit, Neville rencontrera deux types de vampires : les " morts " et les " vivants ". Ces derniers sont des vampires évolués (ayant mutés), créant une nouvelle race intelligente. Ils supportent le soleil durant de courtes périodes et s'organisent en une véritable communauté. Tout comme Neville, ils se débarrassent des vampires primaires.

Matheson réussit à transmettre les émotions intenses de son héros : sa solitude, son désespoir, ses frustrations et ses interrogations. Même si le roman n'a qu'un seul personnage principal et peu de dialogues (sauf dans les flash-back où Neville se remémore son passé), le récit, riche et réfléchi, demeure passionnant. En mélangeant la science-fiction et l'horreur, le roman gagne en force.


Les adaptations

- Les studios de la Hammer eurent comme projet d'adapter le roman sous le titre : " Night creatures ", mais ce projet ne vit pas le jour à cause de la censure de l'époque.

- En 1964, Ubaldo Ragona réalise " The last man on earth " avec Vincent Price dans le rôle du héros, le Docteur Robert Morgan. Richard Matheson travailla sur le script mais, après de nombreux remaniements, il ne souhaita pas que son nom soit associé au projet. Seul son pseudonyme, Logan Swanson, apparaît au générique. Le film, tourné en Italie et n'ayant qu'un faible budget, ne dispose pas d'effets spéciaux. Tourné en noir et blanc, il n'en est que plus inquiétant et impressionnant à mon goût.

Le scénario, très proche du roman original, se focalise sur la routine quotidienne de Morgan (la chasse aux vampires, la consolidation et l'entretien de sa maison ou la recherche d'un remède basé sur son propre sang) ainsi que sur certains événements marquants de sa vie passée.

Les vampires apparaissent comme des êtres sans volonté qui sortent la nuit et entrent en torpeur durant la journée. Le réalisateur nous montre les corps de vampires, vidés de leur sang durant la nuit par leurs congénères qui ne trouvent plus de sang humain.

- En 1971, Boris Sagal réalise " Le survivant " avec Charlton Heston qui interprète Neville, cette fois scientifique dans l'armée. Ce film est totalement ancré dans son époque, notamment de part le look des personnages et même des extraits de Woodstock ! Dans cette version, le réalisateur s'écarte de l'histoire originale pour impliquer un public plus moderne. Il nous propose davantage d'action (armes à feu et poursuites) ainsi qu'un héros macho quasiment invulnérable.

Neville y est l'ennemi juré de " La Famille ", un groupe de mutants albinos sensibles à la lumière du jour. Organisés autour d'un Chef, ils sont radicaux et extrémistes. Réfractaires à l'ancien monde, ils détestent la technologie et voient en Neville un reliquat du passé à abattre. Neville découvre qu'il n'est pas le seul humain encore en vie.

Les rescapés sont à la recherche d'un endroit sûr, loin des mutants et de la contamination. Neville, immunisé, possède donc du sang très précieux. La fin du film est assez étrange, en particulier la dimension christique donnée au héros (mourant les bras en croix).

- En 1991, Steve Niles et Elman Brown adaptent le roman en bande dessinée sous le titre " Richard Matheson's I am legend ". Le trait en noir et blanc est simple et efficace. Le récit comporte de nombreux textes pour évoquer le passé du héros mais surtout ses pensées.

- En 2007, DC Vertigo crée un comics dans l'univers du roman " Je suis une légende " avant l'introduction du personnage de Robert Neville, sous le titre " I am legend awakening ". Ce comics (disponible gratuitement sur le site internet de WarnerBros) contient cinq histoires indépendantes réalisées par plusieurs dessinateurs et scénaristes. Les scénarios mettent en scène les rares survivants (immunisés ou pas encore infectés) face aux mutants.

- En 2007, Francis Lawrence réalise " Je suis une légende " avec Will Smith dans le rôle de Neville. Ce blockbuster, ayant coûté 150 millions de dollars, est proche du " Survivant " (action, armes à feu…) mais reprend également des éléments de " The last man on earth " (appels radio, solitude du héros…). Robert Neville, cette fois médecin de l'armée américaine, vit seul dans un New York dévasté. Les critiques ont encensés les vues de New York mais la version de 1971 nous offrait déjà des plans réussis d'une ville ravagée. Will Smith était intéressé par le personnage de Robert Neville et notamment sa psychologie complexe. Le réalisateur quant à lui souhaitait mettre en scène un homme isolé qui survit dans un milieu urbain.

Dans cette version, le virus responsable de la transformation des humains en mutants agressifs fut à l'origine créé pour combattre le cancer. Les mutants nocturnes sont entièrement réalisés en image de synthèse. Une fois sortis de l'ombre, ils ne paraissent hélas pas crédibles et encore moins effrayants. Neville ne cesse de faire des expérimentations sur les créatures, en vue de trouver un remède. La fin du film est radicalement différente de celle du roman. La même équipe travaille actuellement sur un préquel du film qui montrera les derniers jours de l'humanité à New York.

- En 2007, Griff Furst sort directement en vidéo " I am omega " librement inspiré du livre. Les studios " The asylum " sont spécialisés dans les films qui voguent sur la vague de blockbusters ou plagient des films existants (ils avaient réalisé en 2006 " Bram Stoker's Dracula's curse "). Cette version, sortie un mois avant " Je suis une légende ", est un film d'action post-apocalyptique qui n'offre guère d'intérêt.

Marc Dacascos doit y affronter une horde de zombies mutants et faire sauter une ville ! Il n'est pas le seul être humain encore en vie et devra récupérer une fille dont le sang contient le remède à la contamination. Le scénario n'est pas très clair et les dialogues souvent stupides.


Contamination et zombies

Le roman " Je suis une légende " est également à l'origine des films de zombies des dernières décennies. George Romero, réalisateur de " La nuit des morts vivants " en 1968, n'a jamais caché s'être largement inspiré du roman et du film de 1964 " The last man on earth ".

Depuis, les références n'ont guère changé. Les survivants se barricadent en espérant survivre à des créatures humanoïdes, suceuses de sang dans le cas des vampires ou dévoreuses de chair pour les zombies. Il est inutile d'enterrer les vampires, tout comme les zombies, qui sortent de leur tombe pour tourmenter les vivants. La seule méthode efficace pour venir à bout des ces deux créatures est de brûler leur corps. Les vampires, tout comme les morts-vivants, sont dangereux par le nombre mais peuvent être distancés ou combattus individuellement. La fin met rarement en scène une victoire : les héros sont souvent condamnés ou au mieux s'échappent temporairement.


Conclusion

Richard Matheson nous propose une approche du mythe tout à fait originale avec un renversement des rôles entre humain et vampire. " Je suis une légende " est une œuvre que tout passionné de vampires se doit de lire. Concernant les adaptations cinématographiques, " The last man on earth " reste à mon goût la plus fidèle, même si elle nécessite de se plonger dans l'ambiance pour l'apprécier pleinement.




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