Gilles de Rais

 

Introduction

Gilles de Rais, grand seigneur du 15ème siècle, a été surnommé par les populations de Bretagne et de Vendée " Barbe Bleue ". Compagnon de Jeanne d'Arc et maréchal de France, ce seigneur fut pendu en 1440 pour crimes de lèse majesté divine et meurtres d'enfants. Cette figure historique, souvent gommée des livres d'histoire, est parfois associée au vampirisme pour ses pratiques sanglantes.




Enfance et solitude

Gilles de Rais vu le jour en 1404 au château de Machecoul, près de Nantes. Sa famille, les Montmorency-Laval, était alors l'une des plus grosses fortunes de France. Son père abandonna le nom et les armes de Laval pour prendre le nom de Rais et ainsi hériter de nombreuses terres. En 1415, à la mort de ses parents, le jeune Gilles est élevé par son grand-père, Jean de Craon. Contrairement au vœu du père de Gilles, Jean de Craon obtint le droit de tuteur. Le grand-père avait une réputation sulfureuse : captages d'héritages, chantages, violences, corruption, pillages… Le garçon reçut une éducation guerrière et nobiliaire mais sans contrôle et réelle attention de son grand-père. N'écoutant que ses intérêts, Jean de Craon tenta à deux reprises de marier Gilles, mais les deux fiancées décédèrent prématurément. Enfin, en 1420, il décida Gilles à enlever Catherine de Thouars pour l'épouser officiellement en 1422. Ils eurent un seul enfant, une fille en 1429. Le grand père fit un don au Pape pour que le mariage fut célébré (un lien de consanguinité existait entre les deux promis, interdisant le mariage aux yeux de l'église).



Château de Machecoul


Grandeur

Gilles de Rais mena une courte et brillante carrière militaire : d'abord sous les ordres de Jean V de Bretagne puis au service du Roi de France, Charles VII. A cette époque, les batailles étaient pour la majorité des guerres de siège. La France était en pleine guerre de Cent Ans contre les Anglais. Gilles de Rais s'illustra aux côtés de Jeanne d'Arc et participa au ravitaillement d'Orléans en 1429. Après la victoire de Patay, Charles VII fut sacré Roi de France à Reims le 17 juillet 1429. Gilles de Rais reçut l'honneur d'aller chercher la Sainte Ampoule pour le sacre. En récompense de ses services, il fut nommé Maréchal de France à 25 ans. De part sa fortune considérable, il avait sa propre armée et de coûteuses machines de guerre. Le Roi de France, qui n'en possédait pas, comptait alors sur ses seigneurs.


Déclin

En 1431, la mort de Jeanne d'Arc fut un choc pour ceux qui l'avaient suivie. Incarnant la pureté, elle fut trahie par Charles VII qui, à cette époque, négociait avec les Anglais. Tout était alors remis en question. Se sentant trahi lui aussi, Gilles de Rais se retira sur ses terres et changea de camp pour sombrer dans l'occulte. En 1432, à la mort de Jean de Craon, il devint l'un des plus riches seigneurs du royaume. Il dissipa cette fortune colossale pour son train de vie fastueux (deux cents hommes à cheval, une cour d'une cinquantaine de personnes, des parures, du mobilier, des astrologues, une chapelle…). Il donnait de grands spectacles, les Mystères, les seuls divertissements de l'époque. Son besoin grandissant d'argent l'obligea à vendre ses châteaux… mais cela ne couvrira pas ses dettes.


Rumeurs

Ses ressources ne suffisant pas à couvrir ses dépenses colossales, il se tourna vers l'alchimie qui était très en vogue à cette époque. Les Grands se fiaient aux prédictions des astres pour s'assurer la victoire. N'accédant pas au Grand Œuvre, il eut recours à la magie occulte en engageant François Prelati, un prêtre florentin. Rituels, incantations, évocations du diable et surtout à d'un certain " Baron " se succédèrent. Gilles de Rais promettait tout au diable, excepté son âme et sa vie. Il s'adonna aux sacrifices d'enfants et employa leur sang - ou certaines parties de leur corps - pour des rituels et l'écriture de livres. Il avait des complices de débauche (ses cousins : Gilles de Sille et Roger de Briqueville) et des rabatteurs de victimes (dont une vieille surnommée " La Meffraye ", Henriet un valet et Poitou, à l'origine une des victimes, qui fut épargné pour sa beauté). Ses châteaux aux nombreuses entrées dérobées lui permettaient d'effectuer ses trafics en toute discrétion. Gilles de Rais se livrait à ses crimes dans ses appartements privés. Les rumeurs de disparitions d'enfants se propagèrent en Vendée et en Bretagne. Durant la guerre de Cent Ans, les campagnes françaises étaient dévastées. Les paysans souffraient du pillage et des tortures des Anglais, mais également des mercenaires des armées françaises. Les exactions dont était victime le peuple n'étaient pas condamnées. La situation économique était catastrophique et les disparitions d'enfants courantes. Gilles de Rais n'était donc pas inquiété.



Procès

Mais dès 1440, un conflit s'installa entre Gilles de Rais et l'église, à la suite de l'affaire de Saint Etienne de Mer Morte. Ayant auparavant vendu ces terres, Gilles de Rais décida de reprendre de force son ancienne possession. Pour ce faire, il entra avec son armée dans une église, le jour de la Pentecôte. En bafouant l'église, il tomba ainsi sous sa juridiction et fut emprisonné. Parallèlement, ce prétexte permit de lancer une enquête sur les rumeurs qui couraient à son encontre. Jean de Malestroit, Evêque de Nantes, ayant recueilli une centaine de témoignages et dépositions de familles, cita Gilles de Rais à comparaître. Le 15 septembre 1440, il fut accusé d'être entré armé dans une église et d'avoir molesté un homme du Duc de Bretagne. L'église s'entendit avec le tribunal laïc de Bretagne. Si l'église peut excommunier, le tribunal civil a le pouvoir de condamner à mort. Le 8 octobre, le tribunal l'accusa de sorcellerie, sodomie et assassinats. Gilles de Rais nia les faits et les actes d'accusation, dont 140 meurtres d'enfants, l'invocation de démons et les crimes de lèse majesté divine. Durant ce procès d'inquisition, ses deux principaux valets, Henriet et Poitou, furent soumis à la torture et leurs aveux furent accablants. Ils donnèrent en détail les descriptions des meurtres d'enfants. Le nombre de crimes était incalculable et s'étalait sur une période de 8 (selon ses dires) à 14 ans (selon ses complices). Ils eurent lieu dans plusieurs de ses châteaux dont Machecoul, Champtocé, Tiffauges ou son hôtel particulier de la Suze à Nantes.

Ses penchants morbides portaient surtout sur les garçons. Ses rabatteurs promettaient aux familles que leurs fils allaient devenir pages d'un riche seigneur, ou bien organisaient des rapts de mendiants. Le 25 octobre 1440, le jugement fut prononcé : Gilles de Rais ainsi que ses deux complices furent condamnés à être pendus puis brûlés. Pour lever la sanction d'excommunication, il avoua ses crimes et demanda pardon. En échange, il obtint trois faveurs : il connut l'heure de son exécution ; après sa pendaison, son corps ne fut pas entièrement brûlé et put ainsi être inhumé à Nantes ; et enfin une procession fut organisée par les familles des victimes. Le 26 octobre, les trois accusés furent pendus. Lors de son procès, Gilles de Rais blâma son grand-père d'avoir été de " mauvais gouvernement " sur sa personne.



Château de Pouzauges


Figure vampirique et influences

Gilles de Rais inspira les légendes populaires bretonnes et vendéennes de part sa monstruosité et sa cruauté. Il prenait plaisir à torturer ses jeunes victimes avant de les abuser sexuellement. Les enfants étaient ensuite mis à mort, généralement égorgés ou décapités. Gilles de Rais avoua aimer les regarder souffrir, saigner et mourir. Il avoua également avoir eu des pratiques nécrophiles. Il fut surnommé " Barbe bleue " dans la tradition orale. Variante de l'ogre, ce personnage s'attaque aux enfants ou aux femmes. Charles Perrault publia une version de " Barbe Bleue " en 1697 dans son ouvrage " Les contes de la mère L'Oye ". Dans ce conte, le meurtrier égorge ses femmes et cache leurs dépouilles. Henri VIII d'Angleterre sera lui aussi gratifié de ce surnom après avoir condamné à mort sa seconde épouse.



Barbe Bleue de Gustave Doré

Landru, tueur en série français du début du XXème siècle avait été surnommé " le Barbe Bleue de Gambais ". Il assassinait les femmes veuves ou célibataires après avoir fait main basse sur leur compte en banque.

A cause de sa réputation sulfureuse et de ses actes barbares, Gilles de Rais inspire le théâtre (en 1993, " Le tombeau de Gilles de Rais " au Festival d'Avignon ; en 2008, " Gilles et la Nuit " au Festival Off d'Avignon…), la littérature (en 1891, "Là-bas " de Joris Karl Huysmans, en 1983, " Gilles et Jeanne " de Michel Tournier…), l'opéra (en 1893, " Gilles de Retz " de Paul Ladmirault…), la bande dessinée (de 1984 à 1989 les tomes 2, 4 et 5 de la série " Jhen " de Jean Pleyers et Jacques Martin…).

Gilles de Rais est également associé au vampirisme à travers diverses œuvres, dont voici quelques exemples. Dans les jeux vidéo " Castlevania : Legacy of darkness " et " Castlevania 64 ", Gilles de Rais est un véritable vampire, serviteur de Dracula. Il préfère le combat au corps à corps pour pouvoir utiliser ses crocs, ses griffes ou ses attaques magiques de feu. Ses pouvoirs sont diminués durant la journée. Il a également la capacité de se transformer en brume. Dans le roman " Vampire Junction " de S P Somtow, le héros (et vampire) Timmy Valentine est une des victimes de Gilles de Rais. Violé et éventré, Valentine reviendra pour tenter de comprendre la folie de ce seigneur. Gilles de Rais le suppliera de faire de lui un vampire. Dans le jeu de rôle français " Prédateurs ", Gilles de Rais côtoie sans le savoir le vampire Mepta (qui a pris l'identité d'une de ses proies, Roger de Briqueville, ami de Gilles de Sillé, cousin de Gilles de Rais). Durant les orgies sanglantes du seigneur, le vampire a ainsi pu satisfaire sa soif de sang. Après le procès de Gilles de Rais, Mepta offrit le don des ténèbres à Sillé.



Gilles de la nuit : pièce de théatre


Conclusion

Gilles de Rais, riche seigneur, était jalousé. Après la mort de Jeanne d'Arc, il était devenu gênant pour le Roi de France et le Duc de Bretagne. Certains en font une victime d'un procès politique truqué. Aucune preuve tangible ni aucun cadavre n'auraient été retrouvés. Les coupables ont avoué avoir brûlés les dépouilles, les avoir jetés à la rivière ou dans les fosses d'aisance. Gilles de Rais était-il un tueur en série ? Ce procès fut l'un des premiers à toucher les seigneurs du royaume, jusque-là maîtres sur leurs terres. En 1992, une commission d'experts, réunis au Sénat, remit en cause sa culpabilité et organisa une révision du procès. Gilles de Rais fut réhabilité mais ce jugement reste indicatif. Les nombreux ouvrages sur Gilles de Rais se partagent entre plaidoyer d'une grande figure militaire, dénonciation d'un procès qui fit de lui une victime de l'Inquisition ou biographie d'un assassin sanguinaire… Un tel criminel, ayant côtoyé Jeanne d'Arc, fait couler beaucoup d'encre.



Gilles de Rais - Barbe-Bleue
Gilles de Rais ou la fin d'un monde
Gilles de Rais ou la gueule du loup
Saigneur de Tiffauges, le